« Et ce verre n’a été retrouvé sur aucune autre des scènes de crime, c’est bien ça ? »
« C’est bien ça. »
Mackenzie se remit debout en continuant à observer les morceaux de verre, commençant à se faire une idée du genre de suspect qu’ils recherchaient.
Pas de morceaux de verre sur les scènes de crime précédentes, pensa-t-elle. Ce qui veut dire que le suspect cherchait à enlever cette femme en particulier. Pourquoi ? Peut-être que les deux premiers enlèvements n’étaient que des coïncidences. Peut-être que le suspect s’était juste retrouvé au bon endroit au bon moment. Et si c’était le cas, c’était définitivement un type du coin – un criminel des campagnes, pas un citadin. Mais il est intelligent et calculateur. Il n’agit pas à l’aveuglette.
Ellington s’approcha d’elle et examina les morceaux de verre. Sans la regarder, il demanda : « Des premières impressions ? »
« Quelques-unes. »
« Tel que ? »
« C’est un type de la campagne. Probablement quelqu’un du coin, comme nous le pensions. Je pense aussi que cet enlèvement-ci était planifié. Les pneus crevés… il l’a fait intentionnellement. S’il n’y avait pas de verre sur les autres scènes de crime, il l’a uniquement utilisé cette fois-ci. Ce qui me fait penser qu’il n’avait pas le contrôle des deux autres enlèvements. C’était juste un coup de bol de sa part. Mais celui-ci… à celui-ci, il y a travaillé. »
« Tu penses que ça vaut la peine de parler avec la famille ? » demanda Ellington.
Elle n’arrivait pas à savoir si c’était une sorte de mise à l’épreuve, comme Bryers l’avait fait dans le passé, ou s’il était vraiment intéressé par sa méthodologie et son approche.
« Ça pourrait être le moyen le plus rapide d’obtenir des réponses pour l’instant, » dit-elle. « Même si ça finit par ne rien nous apprendre, ce sera une chose de faite. »
« On dirait le discours d’un robot, » dit Ellington, en souriant.
Ignorant sa remarque, Mackenzie retourna en direction de la voiture d’où Thorsson et Heideman continuaient à les observer.
« Est-ce qu’on sait où vit Delores Manning ? » demanda-t-elle.
« Et bien, elle vit à Buffalo, dans l’état de New York, » dit Thorsson. « Mais elle a de la famille près de Sigourney. »
« C’est aussi dans l’Iowa, non ? »
« Oui, » dit Thorsson. « Sa mère vit à environ dix minutes de là. Son père est décédé. Personne ne les a encore informés de sa disparition. D’après ce qu’on sait, elle n’a disparu que depuis environ vingt-six heures. Et bien qu’on ne puisse pas le confirmer, on ne peut pas s’empêcher de se demander si elle a rendu visite à sa famille alors qu’elle était si près pour sa séance de dédicaces à Cedar Rapids. »
« Je pense qu’ils devraient probablement être informés, » dit Mackenzie.
« Je pense de même, » dit Ellington, en les rejoignant.
« Alors, allez-y, » gloussa Thorsson. « Sigourney est à environ une heure et quart de route. Nous adorerions vous accompagner, » ajouta-t-il sur un ton sarcastique, « mais ça ne fait pas partie des ordres reçus. »
Au moment où il finit sa phrase, un des policiers les rejoignit. Le badge qu’il portait indiquait qu’il s’agissait du shérif de la région.
« Vous avez besoin de nous pour quoi que ce soit ? » demanda-t-il.
« Non, » dit Ellington. « Peut-être juste le nom d’un hôtel décent dans le coin. »
« Il n’y a qu’un seul hôtel et il est à Bent Creek, » dit le shérif. « Alors c’est le seul que je puisse vraiment vous recommander. »
« OK alors, on va suivre votre recommandation. Nous aurions aussi besoin d’une voiture de location à Bent Creek. »
« Je peux arranger ça pour vous, » répondit le shérif, sans en dire davantage.
Se sentant légèrement décalée, Mackenzie se dirigea vers la Suburban et prit place sur le siège arrière. Alors que les trois autres agents entraient dans le véhicule, Mackenzie se mit à penser à ces chemins de terre battue qui donnaient sur la Route 14. À qui appartenait cette propriété ? Où menaient ces routes en terre ?
Alors qu’ils roulaient en direction de Bent Creek, l’esprit de Mackenzie se mit à s’interroger de plus en plus sur ces routes de campagne… certaines questions étaient plutôt secondaires mais d’autres étaient assez urgentes. Elle les rassembla tout en songeant au verre brisé qui se trouvait sur la route. Elle essaya d’imaginer quelqu’un peignant ce verre en cherchant intentionnellement à ce qu’une voiture tombe en panne.
Ça traduisait plus qu’une simple intention. Ça indiquait une planification méticuleuse et une connaissance du trafic le long de la Route 14 à cette heure-là de la nuit.
Notre type est intelligent d’une manière plutôt dangereuse, pensa-t-elle. Il est également organisé et semble ne s’attaquer qu’à des femmes.
Elle commençait à dresser mentalement un profil correspondant à un tel suspect et elle ressentit instantanément une sensation de pression… la nécessité d’agir rapidement. Elle sentait qu’il était là, quelque part dans ce coin paumé au milieu des arbres et des routes sinueuses, à briser des morceaux de verre et à les peindre en noir.
Et à planifier l’enlèvement d’une autre victime.
Delores Manning pensait à sa mère au moment où elle ouvrit les yeux. Sa mère, qui vivait dans un parc pour mobilhome de merde à quelques kilomètres de Sigourney. C’était une femme fière et très entêtée. Elle avait prévu d’aller lui rendre visite après la séance de dédicaces à Cedar Rapids. Venant juste de signer un contrat pour la publication de trois livres avec sa maison d’édition actuelle, Delores lui avait signé un chèque de 7.000 dollars, espérant que sa mère l’accepterait et l’utiliserait à bon escient. Peut-être que c’était snob de sa part, mais Delores était gênée que sa mère vive de l’aide sociale et qu’elle doive utiliser des coupons alimentaires pour faire ses courses. C’était comme ça depuis que son père était mort et…
Ses réflexions embrumées concernant sa mère commencèrent à disparaître quand ses yeux se mirent à s’habituer à l’obscurité dans laquelle elle se trouvait. Elle était assise, le dos appuyé contre quelque chose de très dur et de froid au toucher. Lentement, elle se mit debout. Lorsqu’elle le fit, elle se cogna la tête contre quelque chose qui avait exactement l’air pareil à la surface dans son dos.
Déconcertée, elle tendit les bras vers le haut mais elle ne parvint pas à les tendre très loin. Alors que la panique commençait à l’envahir, elle réalisa qu’il y avait de minuscules fentes de lumière qui brisaient l’obscurité. Juste devant elle, il y avait trois barres rectangulaires de lumière qui la renseignèrent sur sa situation.
Elle se trouvait dans une sorte de container… elle était presque certaine qu’il était en acier ou en une sorte de métal. Le container ne faisait pas plus d’un mètre vingt de haut et ne lui permettait pas de se mettre complètement debout. Il n’avait pas l’air de faire plus d’un mètre vingt de profond et environ la même largeur. Elle se mit à respirer avec difficulté, se sentant instantanément claustrophobe.
Elle s’appuya contre le mur avant du container et inspira de l’air frais à travers les fentes rectangulaires. Chaque fente mesurait environ quinze centimètres de haut et environ sept centimètres de large. Au moment où l’air pénétra ses narines, elle détecta une odeur de terre et quelque chose de sucré mais de désagréable.
Quelque part au loin, si étouffé qu’il lui parut venir d’un autre monde, il lui sembla avoir entendu une sorte de sifflement. Des machines ? Peut-être une sorte d’animal ? Oui, un animal… mais elle n’avait aucune idée de quel type d’animal. Des cochons peut-être ?
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