Mackenzie arriva à l’aéroport en courant, juste à temps pour arriver à la porte d’embarquement. Elle se précipita dans l’avion cinq minutes après que les passagers aient commencé à embarquer et s’avança dans l’allée, légèrement essoufflée, frustrée et décontenancée. Elle se demanda durant un instant si Ellington était arrivé à temps mais, franchement, elle était surtout soulagée de ne pas avoir raté son vol. Ellington était un grand garçon – il pouvait prendre soin de lui-même.
Elle eut réponse à sa question quand elle trouva son siège. Ellington était déjà dans l’avion, assis confortablement dans le siège à côté du sien. Il lui sourit depuis sa place à côté du hublot et lui fit un signe de la main. Elle hocha la tête et poussa un soupir de soulagement.
« Une journée difficile ? » demanda-t-il.
« Et bien, ça a commencé par un enterrement, puis une réunion avec McGrath, » dit Mackenzie. « Après ça, j’ai dû courir jusque chez moi pour faire ma valise et me précipiter à travers Dulles pour attraper ce vol de justesse. Et il n’est pas encore midi. »
« Alors les choses ne peuvent qu’aller en s’améliorant, » plaisanta Ellington.
En rangeant son sac dans le compartiment au-dessus d’elle, Mackenzie dit : « On verra. Mais au fait, le FBI n’a pas des avions privés ? »
« Oui, mais seulement pour des cas extrêmement urgents. Et pour des employés vedettes. Cette affaire n’est pas urgente et nous ne sommes certainement pas des employés vedettes. »
Lorsqu’elle fut finalement installée dans son siège, elle prit un moment pour se détendre. Elle jeta un coup d’œil en direction d’Ellington et vit qu’il feuilletait un dossier identique à celui qu’elle avait vu dans le bureau de McGrath.
« Que penses-tu de cette affaire ? » demanda Ellington.
« Je pense qu’il est trop tôt pour spéculer, » dit-elle.
Il leva les yeux au ciel et fronça les sourcils d’un air espiègle. « Tu dois certainement avoir une sorte de premier feeling. Alors, c’est quoi ? »
Bien qu’elle n’ait aucune envie de dévoiler son opinion qui pourrait s’avérer erronée par la suite, elle appréciait le fait de se lancer tout de suite dans le vif du sujet. Ça montrait bien qu’il était le travailleur acharné et l’agent déterminé que McGrath lui avait décrit – le type d’agent qu’elle espérait bien qu’il soit.
« Je pense que le fait que nous parlions de disparitions et non de meurtres laisse de l’espoir, » dit-elle. « Mais étant donné que les victimes ont toutes été enlevées sur des routes de campagne me fait penser que ce type est du coin et qu’il connaît le terrain. Il se peut qu’il ait kidnappé ces femmes, puis qu’il les ait tuées, cachant leurs corps quelque part dans la forêt ou dans une cachette qu’il serait seul à connaître. »
« Tu as eu l’occasion d’éplucher le dossier en profondeur ? » demanda-t-il, en désignant le dossier d’un geste de la tête.
« Non. Je n’ai pas eu le temps. »
« Vas-y, jette un œil, » dit Ellington, en lui tendant le dossier.
Mackenzie se mit à lire le peu d’informations disponibles pendant que les hôtesses faisaient les recommandations de sécurité. Elle était toujours occupée à consulter le dossier quelques instants plus tard quand l’avion décolla en direction de Des Moines. Il n’y avait pas beaucoup d’informations dans le dossier, mais assez pour que Mackenzie ait une idée de l’approche à adopter une fois qu’ils seraient arrivés.
Delores Manning était la troisième femme portée disparue en neuf jours. La première femme était une personne du coin, dont la disparition avait été signalée par sa fille. Naomi Nyles, quarante-sept ans, également enlevée sur le bord de la route. La deuxième victime était une femme de Des Moines du nom de Crystal Hall. Il y avait un léger dossier à son sujet, essentiellement quelques incidents de débauche datant de sa jeunesse mais rien de sérieux. Lorsqu’elle fut enlevée, elle était venue dans le coin pour visiter une exploitation bovine. Le premier cas de disparition n’avait montré aucun signe d’acte criminel – juste une voiture abandonnée sur le côté de la route. Le deuxième véhicule abandonné était un petit pickup avec un pneu crevé. Le pickup avait été retrouvé en plein milieu d’un changement de roue, le cric se trouvait encore sous l’essieu et le pneu crevé était appuyé sur le côté de la camionnette.
Les trois cas de disparition semblaient avoir eu lieu durant la nuit, quelque part entre 22h et 3h du matin. Jusqu’à présent, neuf jours après le premier enlèvement, il n’y avait pas un seul élément de preuve et absolument aucun indice.
Comme elle le faisait toujours, Mackenzie analysa les informations à plusieurs reprises, afin de bien les mémoriser. Ce n’était pas difficile dans ce cas vu qu’il n’y avait pas grand-chose à se rappeler. Elle revint plusieurs fois sur les photos du contexte où avaient eu lieu les enlèvements – des routes de campagne qui serpentaient à travers bois, tel un énorme serpent n’ayant nulle part où aller.
Elle se laissa glisser dans l’esprit d’un tueur utilisant ces routes et l’obscurité de la nuit pour couverture. Il devait sûrement être quelqu’un de patient. Et étant donné l’obscurité, il devait probablement avoir l’habitude d’être seul. L’obscurité ne le tracassait pas. Peut-être même qu’il préférait travailler la nuit, non seulement pour la couverture qu’elle lui offrait mais également pour la sensation de solitude et d’isolement. Ce type était probablement un solitaire. Il les enlevait sur le bord de la route, apparemment dans différentes situations stressantes. Réparation de voiture, pneus crevés. Ce qui voulait dire qu’il n’agissait probablement pas dans le seul but de tuer. Il voulait juste les femmes. Mais pourquoi ?
Et maintenant concernant la dernière victime, Delores Manning ? Peut-être qu’elle était du coin avec des antécédents dans la région, pensa Mackenzie. C’est soit ça, ou soit elle était juste vraiment téméraire pour rouler sur ces routes de campagne à une telle heure de la nuit… Peu importe que ce soit un bon raccourci, c’était plutôt imprudent.
Elle espérait que ce soit le cas. Elle espérait que la femme soit une téméraire. Car le courage, peu importe sa forme, pouvait aider les gens à gérer des situations critiques. C’était plus qu’une qualité, c’était une caractéristique psychologique profonde qui permettait aux gens de s’en sortir. Elle essaya de visualiser Delores Manning, l’auteur au succès prometteur, serpentant sur ces routes de nuit. Téméraire ou non, ce n’était pas une image encourageante.
Quand Mackenzie eut terminé, elle rendit le dossier à Ellington. Elle regarda en direction du hublot derrière lui, où les flocons blancs des nuages passaient à la dérive. Elle ferma les yeux durant un instant et se replongea là-bas, pas dans l’Iowa mais au Nebraska voisin. Un endroit rempli d’immenses terres et de gigantesques forêts au lieu d’un trafic surchargé et de hauts buildings. Ça ne lui manquait pas mais l’idée d’y retourner, même pour le travail, l’enthousiasmait d’une manière qu’elle ne s’expliquait pas vraiment.
« White ? »
Elle ouvrit les yeux au moment où elle entendit son nom. Elle se tourna vers Ellington, légèrement gênée qu’il l’ait vue l’esprit totalement ailleurs. « Oui ? »
« Tu as eu l’air déconnectée durant un instant. Tout va bien ? »
« Oui, tout va bien, » dit-elle.
Et le fait est qu’elle allait vraiment bien. Les six premières heures de la journée avaient été physiquement et émotionnellement épuisantes, mais maintenant qu’elle était assise, suspendue dans les airs et avec un partenaire temporaire peu probable, elle se sentait bien.
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