Maintenant que sa respiration était redevenue plus régulière, elle recula d’un pas, s’accroupit et jeta un œil à travers les fentes.
Dehors, elle vit ce qui ressemblait à l’intérieur d’une grange ou d’un vieux bâtiment en bois. À environ six mètres devant elle, elle pouvait voir la porte de la grange. La lumière trouble du soleil perçait à travers l’encadrement tordu aux endroits où la porte ne s’alignait pas parfaitement. Bien qu’elle ne puisse pas voir grand-chose, elle en vit assez pour savoir qu’elle était probablement en danger.
Ce fut d’autant plus clair lorsqu’elle vit le bord de la porte verrouillée qui fermait le container et qu’elle put à peine apercevoir à travers les fentes. Elle gémit et poussa de toutes ses forces contre l’avant du container. Mais rien ne bougea – rien de plus qu’un grincement.
Elle sentit la panique l’envahir à nouveau. Elle sut qu’elle devait utiliser le peu de logique et de calme qu’elle possédait encore. Elle fit glisser ses doigts le long du bas de la porte du container. Elle espérait trouver des charnières, peut-être quelque chose avec des vis ou des boulons qu’elle pourrait éventuellement essayer de dévisser. Elle n’était pas très forte mais si une seule vis était un peu desserrée ou tordue…
Mais à nouveau, rien. Elle essaya aussi à l’arrière mais elle n’y trouva rien non plus.
Dans un acte d’impuissance totale, elle frappa la porte du pied de toutes ses forces. Comme ça n’avait aucun effet, elle recula jusqu’à l’arrière du container et se rua épaule en avant vers la porte. Le choc la fit rebondir et tomber en arrière. Elle se cogna la tête sur le côté du container et retomba violemment sur le dos.
Un hurlement lui monta dans la gorge mais elle pensa que ce n’était probablement pas la meilleure chose à faire. Elle se rappelait très bien l’homme du camion sur la route et comment il l’avait attaquée. Est-ce qu’elle avait vraiment envie qu’il se précipite sur elle ?
Non, elle n’en avait pas envie. Réfléchis, se dit-elle. Utilise ton cerveau créatif et trouve un moyen de sortir d’ici.
Mais elle ne parvint pas à penser à quoi que ce soit. Alors, et bien qu’elle ait réussi à ravaler le hurlement qui avait voulu sortir de sa bouche, elle fut incapable de retenir ses larmes. Elle frappa du pied contre l’avant du container et retomba dans le coin arrière. Elle pleura aussi silencieusement qu’elle le put, en se berçant d’avant en arrière en position assise et en regardant les rayons de lumière qui perçaient à travers les fentes.
Pour l’instant, c’était tout ce qu’elle pouvait faire.
Mackenzie n’aimait pas le fait que toute une série de clichés lui vinrent en tête au moment où elle et Ellington passèrent l’entrée du parc pour mobilhomes de Sigourney Oaks. Les mobilhomes étaient poussièreux et semblaient en fin de vie. Les véhicules garés devant la plupart d’entre eux étaient dans le même état. Dans le jardin desséché de l’un des mobilhomes, deux hommes étaient assis torse nu dans des chaises longues. Une glacière remplie de bières était posée entre eux, ainsi que plusieurs cannettes vides écrasées… à 16:35 de l’après-midi.
La maison de Tammy Manning, la mère de Delores Manning, se situait exactement au milieu du parc. Ellington gara la voiture de location derrière un vieux pickup Chevy défoncé. Leur voiture de location avait meilleur aspect que les véhicules du parc mais de peu. Le choix au Smith Brothers Auto était mince et ils avaient fini par choisir une Ford Fusion de 2008 qui avait bien besoin d’un coup de peinture et de nouveaux pneus.
Au moment où ils montèrent les marches branlantes qui menaient à la porte d’entrée, Mackenzie jeta un coup d’œil autour d’elle. Quelques enfants jouaient avec des voitures miniatures dans la boue. Une fille, même pas une adolescente, marchait sans regarder devant elle, les yeux rivés à son téléphone, le ventre visible à travers le t-shirt sale qu’elle portait. Un vieil homme à deux mobilhomes de là, était couché au sol, inspectant le dessous d’une tondeuse à gazon avec une clé à molette en main et de l’huile sur son pantalon.
Ellington frappa à la porte, qui s’ouvrit presque tout de suite. La femme qui se trouvait devant eux était assez jolie, d’une manière assez simple. Elle avait l’air d’avoir la cinquantaine et les mèches de cheveux gris dans ses cheveux noirs ressemblaient plus à une décoration qu’à des signes de l’âge. Elle avait l’air fatiguée mais l’odeur qui provint de son haleine au moment où elle dit « Qui êtes-vous ? » indiqua à Mackenzie qu’elle avait bu un verre.
Ellington répondit à la question mais veilla à ne pas passer devant Mackenzie quand il le fit. « Je suis l’agent Ellington et voici l’agent White, du FBI, » dit-il.
« Le FBI ? » demanda-t-elle. « Pour quelle raison ? »
« Vous êtes bien Tammy Manning ? » demanda-t-il.
« Oui, c’est moi, » dit-elle.
« Pouvons-nous entrer ? » demanda Ellington.
Tammy les regarda d’une manière qui n’était pas méfiante mais plutôt incrédule. Elle hocha la tête et fit un pas en arrière pour les laisser passer. Au moment où ils entrèrent, l’odeur épaisse de fumée de cigarette les submergea. L’air en était rempli. Une cigarette oubliée se consumait dans un cendrier rempli de mégots sur une vieille table de salon.
Une autre femme était assise sur le divan de l’autre côté de la table de salon. Elle avait l’air un peu mal à l’aise. Mackenzie trouva même qu’elle avait l’air un peu écœurée d’être assise là.
« Si vous avez de la visite, » dit Mackenzie, « peut-être que nous devrions parler dehors. »
« Ce n’est pas une visite, » dit Tammy. « C’est ma fille Rita. »
« Bonjour, » dit Rita, en se levant pour leur serrer la main.
Il était évident qu’il s’agissait là de la sœur de Delores Manning, plus jeune qu’elle de trois ou quatre ans. Elle ressemblait beaucoup à la photo de Delores que Mackenzie avait vue sur la couverture arrière du livre L’amour entravé.
« Oh, je vois, » dit Ellington. « Peut-être que c’est une bonne chose que vous soyez aussi ici, Rita. »
« Pourquoi ? » demanda Tammy, en se glissant à côté de sa plus jeune fille. Elle prit la cigarette du cendrier et en inspira une profonde bouffée.
« La voiture de Delores Manning a été retrouvée abandonnée avec deux pneus crevés sur la Route 14, tard hier soir. Personne ne l’a vue ou n’a eu de ses nouvelles depuis lors. Ni son agent, ni ses amis, personne. Nous espérions peut-être que vous sauriez où elle se trouve. »
Avant qu’Ellington n’ait eut fini de parler, Mackenzie eut réponse à la question en voyant l’air bouleversé du visage de Rita Manning.
« Oh mon dieu, » dit Rita. « Vous êtes sûrs que c’était sa voiture ? »
« Nous sommes certains, » dit Ellington. « Il y avait une caisse à moitié remplie de son dernier livre dans le coffre. Elle revenait d’une séance de dédicaces à Cedar Rapids. »
« Oui, » dit Rita. « Elle était… probablement en route pour venir ici. C’était ce qui était prévu. Vers minuit, comme elle n’était pas encore arrivée, j’ai pensé qu’elle avait sûrement décidé de rester quelque part dans un motel. »
« Vous aviez prévu qu’elle reste ici avec vous ? » demanda Mackenzie. Elle regarda Tammy en posant la question mais Tammy avait l’air plus intéressée par sa cigarette.
« En quelque sorte, » dit Tammy. « Elle m’a appelée la semaine dernière pour me dire qu’elle serait à Cedar Rapids. Elle a dit qu’elle voulait venir me rendre visite. J’en ai parlé à Rita et elle est arrivée ici hier, juste après le déjeuner. Pour faire une surprise. »
Читать дальше