Tout à coup, les pas furent juste derrière, et un homme trébucha pile à côté d’elle. Il semblait ivre et quand Kirsten bondit d’effroi, il ricana pour lui-même, manifestement amusé.
« Désolé », dit-il. « Je ne voulais pas vous faire peur. J’étais juste…eh bien, pouvez-vous m’aider ? En train de boire avec des amis et…et censé les retrouver quelque part après le bar mais je ne me souviens plus où. Je viens de New York…jamais été à Boston auparavant. Aucune idée d’où je suis. »
Kirsten ne put se résoudre à le regarder quand elle secoua la tête. C’était plus qu’être mal à l’aise vis-à-vis d’un étrange homme ivre si tard dans la nuit. C’était de savoir qu’elle était si proche de la maison, et voulait juste que la nuit se termine.
« Non, je suis désolée », dit-elle.
« Sérieusement ?! », dit l’homme.
Brusquement, il ne parut plus si saoul. Assez curieusement, il avait l’air amusé que quelqu’un soit tellement sur la défensive pour quelque chose d’aussi innocent que d’aider un homme perdu dans une ville qu’il ne connaissait pas. Cela la frappa comme quelque chose d’étrange tandis qu’elle commençait à se détourner, dans l’intention d’accélérer le rythme.
Mais alors un léger mouvement attira son attention et la fit hésiter.
L’homme se tenait le ventre, comme s’il allait vomir. Cela avait été tout le temps là mais Kirsten était à peu près certaine que ce n’était pas le cas. Il tendit la main dans sa veste et c’est alors qu’elle vit qu’il tenait soudain quelque chose.
Une arme à feu, pensa son esprit paniqué. Et même si cela ressemblait à une arme à feu, ce n’était pas tout à fait ça.
Ses muscles exigeaient qu’elle coure. Elle regarda son visage pour la première fois et vit que quelque chose n’allait pas. Il avait fait semblant. Il n’était pas du tout un homme ivre et égaré. Ses yeux avaient l’air trop sobres – sobres et, maintenant qu’elle commençait à paniquer, un peu déments aussi.
La chose qui ressemblait à une arme à feu s’éleva rapidement. Elle ouvrit la bouche pour appeler au secours tout en se détournant pour courir.
Mais ensuite elle sentit quelque chose la frapper par derrière. Il l’atteignit sur le côté de la tête, juste en dessous de l’oreille ― net et immédiat. Elle trébucha puis tomba. Elle sentit le goût du sang dans sa bouche puis des mains sur elle. Il y eut une autre de ces sensations aiguës dans sa tête, légère mais curieusement fracassante en même temps.
La douleur était immense mais elle ne fut pas capable d’en ressentir toute l’ampleur avant que la nuit ne semble se dilater autour d’elle. La rue s’effaça, tout comme le visage de l’homme, et tout devint noir.
Sa dernière pensée fut que cette vie s’était révélée être très courte – et que le voyage qui était sur le point de tout changer n’allait jamais avoir lieu.
Avery avait l’impression d’avoir été dans une étrange chambre d’isolement pendant les deux dernières semaines. Elle y était entrée d’elle-même car, franchement, il n’y avait pas d’autre endroit qui l’attirait – seulement les murs stériles de la chambre d’hôpital où Ramirez s’accrochait encore à peine à la vie.
De temps en temps, son téléphone vibrait quand elle recevait un appel ou un message – mais elle les regardait rarement. Sa solitude était seulement interrompue par les infirmières, les médecins et Rose. Avery savait qu’elle faisait probablement peur à sa fille. À vrai dire, elle commençait aussi à se faire peur. Elle avait été déprimée auparavant – pendant son adolescence et après son divorce – mais ceci était quelque chose de nouveau. Cela allait au-delà de la dépression et jusqu’à se demander si la vie qu’elle vivait était encore la sienne.
Cela faisait deux semaines – treize jours, pour être exact – que cela s’était produit. C’était quand l’état de Ramirez s’était détérioré après une opération pour réparer les dommages causés par une blessure par balle, passée à moins d’un centimètre et demi de son cœur. Cette détérioration n’avait jamais corrigé son cours. Les médecins avaient dit qu’il avait eu une crise cardiaque. Il était en situation critique ; pouvait revenir à lui et récupérer complètement à n’importe quel moment, ou s’éteindre tout aussi facilement. Il n’y avait aucun moyen de le dire à coup sûr. Il avait perdu beaucoup de sang dans la fusillade – il était techniquement mort pendant quarante-deux secondes suite à l’arrêt cardiaque – et les choses ne semblaient pas très bonnes.
Tout cela avait été tassé par les autres terribles nouvelles qu’elle avait reçues vingt minutes après avoir parlé au docteur.
Des nouvelles annonçant que Howard Randall s’était d’une manière ou d’une autre échappé de prison. Et maintenant, deux semaines plus tard, il n’avait toujours pas été attrapé. Si elle avait besoin d’un rappel de ce fait terrible (ce n’était vraiment pas le cas), elle pouvait le voir à la télévision chaque fois qu’elle daignait l’allumer. Elle restait assise là comme un zombie dans la chambre de Ramirez, à regarder les informations. Même quand l’évasion d’Howard ne faisait pas la une, elle était toujours là dans le texte défilant au bas de l’écran.
Howard Randall toujours porté disparu. Les autorités n’ont pas de réponses.
La ville entière de Boston était nerveuse. C’était comme être au bord de la guerre avec un autre pays sans nom et attendre que les bombes commencent à tomber. Finley avait essayé de l’appeler plusieurs fois et O’Malley avait même passé la tête dans la pièce à deux reprises. Même Connelly semblait être préoccupé par son bien-être, l’exprimant dans un simple message qu’elle regardait toujours avec une sorte de reconnaissance voilée.
Prenez votre temps. Appelez si vous avez besoin de quoi que ce soit.
Ils la laissaient faire son deuil. Elle le savait et cela paraissait un peu idiot, vu que Ramirez n’était pas encore mort. Mais c’était aussi pour lui permettre d’intégrer le traumatisme de ce qu’il lui était arrivé lors de la dernière affaire. Elle avait encore froid en y pensant, se remémorant cette sensation de quasiment mourir de froid à deux reprises – à l’intérieur d’un congélateur industriel et en tombant dans des eaux glacées.
Mais sous tout cela, il y avait le fait que Howard Randall soit en liberté. Il s’était échappé d’une façon ou d’une autre, renforçant son image déjà énigmatique. Elle l’avait vu aux informations, où des gens moins qu’honorables sur les médias sociaux félicitaient Howard pour ses compétences dignes d’Houdini pour s’être échappé de prison sans laisser aucune trace derrière lui.
Avery pensait à tout cela tout en étant assise dans l’un de ces fauteuils inclinables qu’une aimable infirmière avait installé pour elle la semaine passée, réalisant qu’elle n’irait nulle part ailleurs de sitôt. Ses pensées furent interrompues par un ding de son téléphone. C’était le seul son qu’elle autorisait ces jours-ci, un signe que Rose lui tendait la main.
Avery regarda son téléphone et vit que sa fille lui avait laissé un message. Juste moi qui vérifie que tu vas bien, était-il écrit. Tu es toujours plantée à l’hôpital ? Arrête ça. Sors et prend un verre avec ta fille.
Par devoir plus que pour toute autre chose, Avery répondit en retour. Tu n’as pas 21 ans.
La réponse arriva sur le champ : Oh maman, c’est mignon. Il y a beaucoup de choses que tu ne sais pas sur moi. Et tu pourrais apprendre quelques-uns de ces secrets si tu sortais avec moi. Juste une nuit. Il ira bien sans toi là-bas…
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