1 ...7 8 9 11 12 13 ...17 — Il pensait peut-être que Cave le sortirait d’affaire une deuxième fois ? suggéra Ray.
— Mais voilà le problème, dit Keri. Même si Cave était techniquement son avocat de la défense, lors de son dernier procès, celui durant lequel il a été condamné, Anderson s’est défendu lui-même. Et apparemment, il a été super. On dit qu’il a été si convainquant que si l’affaire n’avait pas été blindée, il s’en serait sorti.
— Si ce gars était un tel génie, répliqua Mags, comment l’affaire contre lui a pu se retrouver si solide au départ ?
— Je lui ai posé la même question, répondit Keri. Et il a reconnu qu’il était étrange que quelqu’un d’aussi intelligent et méticuleux que lui se fasse attraper de la sorte. Il ne l'a pas dit franchement, mais il a quasiment laissé entendre que c’était dans ses intentions de se faire condamner.
— Mais pourquoi, par les dieux de la terre verte ! demanda Mags.
— C’est une excellente question, Margaret, dit Keri qui referma l’ordinateur portable. Et je compte la poser à monsieur Anderson immédiatement.
*
Keri gara sa voiture dans la structure imposante en face des Twin Towers et prit l’ascenseur. Parfois, si elle devait s’y rendre dans la journée, l'énorme centre de détention du comté était si fréquenté qu'elle devait se rendre jusqu'au dixième étage découvert de la structure pour trouver une place de stationnement. Mais il était presque 20h et elle trouva une place au deuxième étage.
Tandis qu’elle traversait la rue, elle passa son plan en revue. Techniquement, en raison de sa suspension et de l’enquête des Affaires Internes, elle n’était pas autorisée à rencontrer un prisonnier dans une salle d’interrogatoire. Mais ce n’était pas encore de notoriété publique. Elle espérait que sa familiarité avec le personnel de la prison lui permettrait de bluffer pour s'en sortir.
Ray avait offert de l’accompagner pour lui faciliter le passage. Mais elle craignait que cela provoque des questions, lui attirant potentiellement des ennuis. Et même si ce n’était pas le cas, il était possible qu’on lui demande de participer à l’interrogatoire d’Anderson. Keri savait que le type ne parlerait pas dans ces conditions.
Apparemment, elle n’avait pas besoin de s’inquiéter.
— Comment ça va, détective Locke ? demanda l’agent de sécurité Beamon tandis qu’elle se rapprochait du détecteur de métaux de l’entrée. Je suis surpris de vous voir debout et vous déplacer après la confrontation avec ce psychopathe plus tôt cette semaine.
— Oh, ouais, acquiesça Keri qui décida d’utiliser sa récente confrontation à son avantage. Moi aussi, Freddie. On dirait que je m’en suis bien sortie, non ? Je suis toujours officiellement en congé jusqu'à ce que je sois en meilleure forme. Mais je devenais folle à rester à l’appartement, alors j’ai pensé que je pourrais venir vérifier une ancienne affaire. Ce n’est pas officiel alors je n’ai même pas ramené l’arme et le bouclier. C’est toujours bon si j’interroge quelqu’un même si je suis en congé ?
— Bien sûr, détective. J’espérais juste que vous iriez un peu plus tranquillement. Mais je sais que ce ne sera pas le cas. Signez. Prenez votre badge visiteur et rendez-vous au niveau des interrogatoires. Vous connaissez la procédure.
Keri connaissez effectivement la procédure et quinze minutes plus tard, elle était assise dans une salle d’interrogatoire, tandis qu’elle attendait l’arrivée du détenu 242 609, ou Thomas « Le Fantôme » Anderson. Le garde l’avait avertie qu’ils se préparaient à l’extinction des feux et qu’il faudrait peut-être un peu plus de temps pour le récupérer. Elle tenta de rester détendue tandis qu’elle attendait mais elle savait que c’était un combat perdu d’avance.
Anderson semblait toujours lire en elle, comme s’il épluchait secrètement son crâne pour révéler son cerveau et lire ses pensées. Bien souvent, elle se sentait tel un chaton, lui tenant un de ces stylos laser, l'envoyant dans des directions aléatoires à son gré.
Et pourtant, c’était son information, plus que tout autre, qui l’avait envoyée sur le chemin la rapprochant d’Evie. Était-ce à dessein ou simplement de la chance ? Il ne lui avait jamais donné la moindre indication que leurs réunions n'étaient qu'un hasard. Mais s'il était si impliqué dans la partie, pourquoi le ferait-il ?
La porte s’ouvrit et il entra, ressemblant beaucoup à ce dont elle se souvenait. Anderson, dans le milieu de la cinquantaine, mesurait environ 1m75 avec une silhouette carrée et bien faite qui laisser suggérer qu’il utilisait le gymnase de la prison régulièrement. Les menottes à ses avant-bras musclés semblaient serrées. Pourtant, il lui sembla plus mince que dans ses souvenirs, comme s’il avait manqué quelques repas. Ses cheveux épais étaient bien séparés, mais à sa grande surprise, ce n'était plus le noir de jais dont elle se souvenait. À présent, c’était principalement un mélange sel et poivre. Aux bords de sa combinaison de prison, elle put encore voir des bouts des nombreux tatouages qui recouvraient le côté droit de son corps, de ses pieds jusqu’à sa nuque. Son côté gauche restait immaculé.
Tandis qu’il était conduit vers la chaise en métal de l’autre côté de la table, en face d’elle, ses yeux gris ne la quittèrent pas. Elle savait qu'il la sondait, l'étudiait, l'évaluait, essayait d'en apprendre le plus possible sur sa situation avant qu'elle ne dise un mot.
Après qu’il se soit assis, le garde se posta près de la porte.
— Ça ira, officier… Kiley, dit Keri qui loucha vers son badge.
— La procédure, madame, dit le garde brusquement.
Elle lui jeta un regard. Il était nouveau… et jeune. Elle doutait qu'il soit déjà corrompu mais elle ne pouvait pas se permettre que quelqu'un, corrompu ou pas, entende cette conversation. Anderson sourit légèrement, sachant ce qui allait suivre. Cela serait sans doute divertissant pour lui.
Elle se leva et fixa le garde jusqu’à ce qu’il sente ses yeux sur lui et qu’il relève la tête.
— Tout d’abord, ce n’est pas madame, c’est détective Locke. Deuxièmement, je me contrefiche de vos procédures, le nouveau. Je veux parler à ce détenu en privé. Si vous ne pouvez pas faire cela, alors je vais devoir vous parler en privé, et ce ne sera pas une conversation agréable.
— Mais… Kiley commença à balbutier tandis qu’il se balançait d’un pied sur l’autre.
— Mais rien du tout, officier. Vous avez deux choix. Vous pouvez me laisser parler à ce détenu en privé. Ou nous pouvons avoir cette conversation ! Quel sera votre choix ?
— Je devrais peut-être chercher mon supéri…
— Ce n’est pas dans la liste des choix, officier. Vous savez quoi ? Je décide pour vous. Sortons de là pour que je puisse avoir une petite conversation avec vous. On pourrait penser qu'abattre un fanatique religieux pédophile me donnerait un laissez-passer pour le reste de la semaine, mais je suppose que je dois maintenant aussi instruire un agent correctionnel.
Elle tendit la main vers la poignée de porte et commença à l’actionner lorsque l’officier Kiley perdit finalement le peu de courage qui lui restait. Elle était impressionnée de voir combien de temps il avait tenu.
— Laissez tomber, détective, dit-il précipitamment. J’attendrai dehors. Faites juste attention, s’il vous plaît. Ce prisonnier à un passif d’incidents violents.
— Bien sûr que je le ferai, dit Keri d’une voix à présent mielleuse. Merci d’être si accommodant. Je vais essayer de rester brève.
Il sortit, referma la porte et Keri se retourna pour s’asseoir, pleine d’une confiance et d’une énergie qui lui faisaient défaut seulement trente secondes plus tôt.
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