Il sortit dans le couloir. Deux hommes s’y trouvaient. Ils avaient tous les deux la trentaine, des cheveux en bataille et une longue barbe – opérations spéciales. Brown reconnaissait leur look. Il connaissait également l’expression dans leurs yeux. Ce n’était pas de la peur.
C’était de l’agitation.
« C’est quoi le problème ? » demanda Brown.
« Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, nous sommes sur le point d’être attaqués. »
Brown hocha la tête. « Oui, je sais. »
« Je ne peux pas aller en prison, » dit Barbe nº1.
Barbe nº2 hocha la tête. « Moi non plus. »
Brown pensait de même. Même avant tout ça, si le FBI avait découvert sa véritable identité, il aurait fait face à plusieurs condamnations à vie. Et maintenant ? Même pas la peine d’y penser. Il leur faudrait peut-être des mois avant de l’identifier et pendant ce temps, il croupirait quelque part dans une prison de comté, entouré de voyous de basse classe. Et vu la situation actuelle, il ne pouvait pas s’attendre à l’intervention d’un bienfaiteur pour le tirer d’embarras.
Mais il se sentait néanmoins très calme. « Cet endroit est plus résistant qu’il n’y paraît. »
« Oui, mais il n’y a aucune porte de sortie, » dit Barbe nº1.
C’était vrai.
« Alors, on les tient à distance et on voit si on peut négocier quelque chose. On a des otages. » Mais au moment même où il prononçait ces mots, Brown en douta lui-même. Négocier quoi ? Une sortie de secours ? Mais pour aller où ?
« Ils ne vont pas négocier avec nous, » dit Barbe nº1. « Ils nous mentiront jusqu’à ce qu’un sniper nous ait en ligne de mire. »
« OK, » dit Brown. « Alors, qu’est-ce que vous voulez faire ? »
« Nous battre, » dit Barbe nº2. « Et si on n’arrive pas à les repousser, je veux venir mettre une balle dans la tête de nos invités avant d’en recevoir une moi-même. »
Brown hocha la tête. Il s’était déjà souvent retrouvé dans des situations délicates et il avait toujours trouvé un moyen de s’en sortir. Et il se pourrait que ce soit encore le cas cette fois-ci. Il le pensait mais il ne le leur dit pas. Tous les rats ne pouvaient pas quitter le navire.
« OK, » dit-il. « C’est ce qu’on va faire alors. Maintenant, allez prendre vos positions. »
***
Luke enfila son lourd gilet pare-balles. Il en sentit le poids sur ses épaules. Il attacha la ceinture du gilet, pour soulager son dos. Son pantalon était doublé d’une légère protection. Sur le sol, à ses pieds, se trouvait son casque de combat avec un masque attaché.
Il était debout derrière la portière arrière ouverte de la Mercedes. La vitre fumée le cachait à la vue. Ed se tenait à côté de lui et s’appuyait contre la voiture pour tenir debout. Luke sortit la chaise roulante d’Ed, la déplia et la posa au sol.
« Super, » dit Ed, en secouant la tête. « Maintenant que j’ai mon chariot, je suis prêt pour la bataille. » Il laissa échapper un soupir.
« Voilà ce qu’on va faire, » dit Luke. « Toi et moi, on ne va pas perdre notre temps. Quand le SWAT lancera l’attaque, ils prendront sûrement position sur le porche arrière qui fait face au ponton et ils vont essayer d’enfoncer la porte. Je ne pense pas que ça va marcher. Je pense que la porte arrière est blindée en acier et qu’elle ne bougera pas. À l’intérieur de cette maison, on a des hommes entraînés et ils n’auraient pas couvert leurs arrières et blindé les portes ? Ça m’étonnerait. Je pense que nos hommes vont être repoussés par des tirs adverses. En espérant que personne ne soit blessé. »
« Amen, » dit Ed.
« Je vais m’approcher juste après la première attaque. Avec ça en main. » Luke sortit une mitraillette Uzi du coffre.
« Et avec ça. » Il sortit également un fusil à pompe Remington 870.
Il soupesa les deux armes. Elles étaient lourdes et c’était quelque chose de rassurant.
« Si les forces de police finissent par entrer et sécuriser l’endroit, tant mieux. Mais s’ils n’y parviennent pas, on n’aura pas une seconde à perdre. La mitraillette est équipée de cartouches perforantes. Elles devraient passer à travers toute protection pare-balles que ces types pourraient porter. J’ai six chargeurs remplis à fond, juste au cas où. Si je me retrouve assez près, j’utiliserai le fusil à pompe et je viserai les jambes, les bras et la tête. »
« Oui, mais comment tu penses entrer ? » dit Ed. « Si les forces de police n’y parviennent pas, comment tu vas faire ? »
Luke tendit le bras dans le coffre de la SUV et en sortit un lance-grenades M79. Ça ressemblait à un gros fusil à canon scié, avec une crosse en bois. Il le donna à Ed.
« C’est toi qui me feras entrer. »
Ed prit le lance-grenades en main. « Magnifique. »
Luke sortit deux boîtes de grenades M406 du coffre, avec chacune quatre grenades.
« Je veux que tu t’avances un peu derrière les voitures garées de l’autre côté de la rue. Juste avant que j’atteigne la maison, fais-moi un beau trou à travers le mur. Ces types vont concentrer leurs efforts sur les portes, en s’attendant à ce que la police essaye de les défoncer. Au lieu de ça, on va leur exploser le mur à la grenade. »
« Pas mal, » dit Ed.
« Après la première grenade, envoie une deuxième, juste pour me porter chance. Après ça, mets-toi à l’abri. »
Ed caressa le canon du lance-grenades de la main. « Tu penses que c’est sûr de s’y prendre comme ça ? Je veux dire… avec ta famille là-dedans. »
Luke regarda la maison. « Je ne sais pas. Mais dans la plupart des cas, les otages sont gardés soit à l’étage, soit dans la cave. Vu qu’on est sur la plage, il ne doit pas y avoir de cave. Alors j’imagine que s’ils se trouvent dans cette maison, ils doivent être à l’étage, dans le coin du fond, là où il n’y a pas de fenêtres. »
Il consulta sa montre. 16h01.
Juste à ce moment-là, une voiture blindée fit irruption au coin de la rue. Luke et Ed la regardèrent passer. C’était une Lenco BearCat avec des canonnières, des projecteurs et tous les équipements habituels.
Luke sentit une légère pointe dans la poitrine. C’était de la peur. C’était de l’appréhension. Il avait passé les dernières vingt-quatre heures à prétendre qu’il ne ressentait rien face au fait que des tueurs professionnels aient enlevé sa femme et son fils. De temps à autre, ses véritables sentiments avaient failli ressurgir. Mais il était parvenu à les refouler.
Mais il n’y avait pas de place pour les sentiments, maintenant.
Il regarda Ed, qui était assis dans sa chaise roulante, avec le lance-grenades sur les genoux. Le visage d’Ed s’était durci. Il avait le regard fixe. Ed était un homme avec des principes, Luke le savait. Et ces principes incluaient la loyauté, l’honneur, le courage et l’utilisation d’une force phénoménale pour ce qui était juste. Ed n’était pas un monstre. Mais à cet instant précis, il pouvait très bien le devenir.
« Tu es prêt ? » demanda Luke.
Le visage d’Ed changea à peine. « Je suis né en étant prêt. La question, c’est de savoir si toi, tu es prêt ? »
Luke chargea ses fusils et prit son casque. « Je suis prêt. »
Il enfila son casque noir et Ed fit de même avec le sien. Luke baissa son viseur. « Interphones allumés, » dit-il.
« Allumé, » répondit Ed. On aurait dit que la voix d’Ed résonnait à l’intérieur de la tête de Luke. « Je t’entends parfaitement. Maintenant, allons-y. » Et Ed se mit à s’éloigner pour traverser la rue.
« Ed ! » dit Luke. « Il me faut un beau grand trou dans ce mur. Quelque chose à travers lequel je peux passer. »
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