Jonathan Littell - Les Bienveillantes

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"En fait, j'aurais tout aussi bien pu ne pas écrire. Après tout, ce n'est pas une obligation. Depuis la guerre, je suis resté un homme discret; grâce à Dieu, je n'ai jamais eu besoin, comme certains de mes anciens collègues, d'écrire mes Mémoires à fin de justification, car je n'ai rien à justifier, ni dans un but lucratif, car je gagne assez bien ma vie comme ça. Je ne regrette rien: j'ai fait mon travail, voilà tout; quant à mes histoires de famille, que je raconterai peut-être aussi, elles ne concernent que moi; et pour le reste, vers la fin, j'ai sans doute forcé la limite, mais là je n'étais plus tout à fait moi-même, je vacillais, le monde entier basculait, je ne fus pas le seul à perdre la tête, reconnaissez-le. Malgré mes travers, et ils ont été nombreux, je suis resté de ceux qui pensent que les seules choses indispensables à la vie humaine sont l'air, le manger, le boire et l'excrétion, et la recherche de la vérité. Le reste est facultatif."Avec cette somme qui s'inscrit aussi bien sous l'égide d'Eschyle que dans la lignée de Vie et destin de Vassili Grossman ou des Damnés de Visconti, Jonathan Littell nous fait revivre les horreurs de la Seconde Guerre mondiale du côté des bourreaux, tout en nous montrant un homme comme rarement on l'avait fait: l'épopée d'un être emporté dans la traversée de lui-même et de l'Histoire.

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J'entendis quelque chose et tournai la tête: deux jeunes garçons, des jumeaux identiques, me regardaient en silence. D'où diable étaient-ils donc sortis? Je me redressai et me reculottai; mais déjà ils avaient fait demi-tour et s'en allaient. Je bondis derrière eux en les hélant. Mais je ne pouvais les rattraper. Je les poursuivis longtemps.

Dans la steppe, il y avait encore un kourgane. Les deux garçons l'escaladèrent puis descendirent de l'autre côté. Je fis le tour en courant, mais ils avaient disparu. «Où êtes-vous, garçons?» criai-je. Je me rendis compte que, même du sommet du kourgane, j'avais perdu de vue la rivière; la grisaille du ciel cachait le soleil, je ne savais comment m'orienter; ainsi, je m'étais laissé distraire comme un idiot! Il fallait retrouver ces garçons. Je refis le tour du kourgane et découvris une dépression: je la palpai et une porte apparut. Je frappai, elle s'ouvrit et j'entrai; un long couloir s'étendait devant moi, avec, au fond, une autre porte. Je frappai encore et elle s'ouvrit de même. Il y avait là une vaste salle, très haute, éclairée par des lampes à huile: de l'extérieur, pourtant, le kourgane ne m'avait pas semblé si grand. À l'arrière de la salle se dressait comme un dais couvert de tapis et de coussins, avec un nain ventripotent qui jouait à un jeu; debout à côté se tenait un homme long et maigre, avec un triangle noir sur un œil; une vieille femme ratatinée, en foulard, touillait dans un immense chaudron décoré, suspendu au plafond dans un coin. Des deux enfants il n'y avait aucune trace. «Bonjour, fis-je avec politesse. Vous n'auriez pas vu deux garçons? Des jumeaux», précisai-je. – «Ah! s'écria le nain, un visiteur! Sais-tu jouer au nardil» Je m'approchai du dais et vis qu'il jouait au trictrac, en faisant jouer sa main droite contre sa main gauche: chacune à tour de rôle roulait les dés puis avançait des pièces, rouges ou blanches. «En fait, dis-je, je cherche ma sœur. Une très belle jeune femme aux cheveux noirs. On l'emmenait dans une barque». Le nain, sans cesser de jouer, regarda le borgne, puis se retourna vers moi: «Cette fille, on l'amène ici. Nous allons l'épouser, mon frère et moi. J'espère qu'elle est aussi belle qu'on le dit». Il eut une grimace lubrique et enfonça prestement une main dans son pantalon. «Si tu es son frère, alors nous allons être beaux-frères. Assieds-toi et bois du thé». Je pris place sur un coussin, jambes croisées, face au jeu; la vieille m'apporta un bol de bon thé chaud, du vrai thé et non pas de l'ersatz, que je bus avec plaisir. «Je préférerais que vous ne l'épousiez pas», dis-je enfin. Le nain continuait à faire jouer une main contre l'autre. «Si tu ne veux pas que nous l'épousions, joue avec moi. Personne ne veut jouer avec moi». – «Pourquoi cela?» – «C'est à cause de mes conditions». – «Et quelles sont vos conditions? demandai-je aimablement. Dites-les-moi, je ne les connais pas». – «Si je gagne, je te tue, si je perds, je te tue». – «Bon, ça ne fait rien, jouons». Je regardais comment il jouait: cela ne ressemblait pas au trictrac que je connaissais. Au début de la partie, les pièces, au lieu d'être disposées par colonnes de deux, trois et cinq, étaient toutes placées aux extrémités de la planche; et au cours de la partie, elles ne pouvaient pas être mangées, mais bloquaient la place qu'elles occupaient «Ce ne sont pas les règles du trictrac, ça», fis-je remarquer. – «Dis voir, garçon, tu n'es plus à Munich, ici». – «Je ne suis pas de Munich». – «Berlin, alors. Nous jouons au nardu» Je regardais encore: le principe ne semblait pas difficile à saisir, mais il devait y avoir des subtilités. «Bon, jouons, alors». En effet, c'était plus compliqué que cela en avait l'air, mais je compris vite et gagnai la partie. Le nain se leva, sortit un long couteau et dit: «Bon, je vais te tuer». – «Calmez-vous. Si j'avais perdu, vous auriez pu me tuer, mais j'ai gagné, donc pourquoi me tueriez-vous?» Il réfléchit et se rassit: «Tu as raison. Rejouons». Cette fois-ci, ce fut le nain qui gagna «Que dis-tu maintenant? Je vais te tuer». – «Bon, je ne dis plus rien, j'ai perdu, tuez-moi. Mais ne pensez-vous pas que nous devrions d'abord jouer une troisième partie pour nous départager?» – «Tu as raison». Nous jouâmes encore une fois et je gagnai. «Maintenant, dis-je, vous devez me rendre ma sœur». Le nain se leva d'un bond, me tourna le dos, se pencha et me lâcha un énorme pet au visage, «Ah, mais c'est immonde!» m'exclamai-je. Le nain faisait une série de bonds sur place et lâchait un pet à chaque saut en chantonnant: «Je suis un Dieu, fais ce que veux, je suis un Dieu, fais ce que veux. Maintenant, ajouta-t-il en s'interrompant, je vais te tuer». – «Décidément, il n'y a rien à faire avec vous, vous êtes trop mal élevé». Je me levai, fis demi-tour et sortis. Au loin, je voyais apparaître un grand nuage de poussière. Je montai sur le kourgane pour mieux voir: c'étaient des cavaliers. Ils s'approchèrent, se divisèrent en deux files et vinrent se ranger, face à face, de part et d'autre de l'entrée du kourgane pour former comme une longue allée. J'apercevais clairement les plus proches; les chevaux paraissaient comme montés sur roues. En regardant de plus près, je vis qu'on les avait empalés à l'avant et à l'arrière sur de grosses poutres qui reposaient sur un socle muni de roues; les pattes pendaient librement; et les cavaliers aussi étaient empalés, je voyais la pointe des pieux dépasser de leurs têtes ou de leurs bouches: du travail plutôt bâclé, à vrai dire. Chaque chariot ou assemblage était poussé par quelques esclaves nus qui lorsqu'ils l'eurent mis en position allèrent s'asseoir en groupe un peu plus loin. Je dévisageai les cavaliers empalés et crus reconnaître les Ukrainiens de Moritz. Eux aussi étaient donc arrivés jusqu'ici, et avaient subi le sort qui les attendait? Mais peut-être était-ce une fausse impression. Le grand borgne maigre m'avait rejoint. «Ce n'est pas convenable, le tançai-je, de dire que, perdant ou gagnant, vous tuerez tous ceux qui jouent avec vous». – «Tu as raison. C'est que nous ne recevons pas beaucoup d'hôtes. Mais je ferai cesser cette pratique à mon frère». Un léger vent s'était de nouveau levé et balayait la poussière soulevée par les chars.

«Qu'est-ce que c'est?» demandai-je en les indiquant. – «C'est la garde d'honneur. Pour notre mariage». – «Oui, mais j'ai gagné deux parties sur trois. Vous allez donc me rendre ma sœur». L'homme me dévisageait tristement de son œil unique: «Tu ne pourras jamais reprendre ta sœur». Une angoisse mauvaise me montait à la gorge. «Pourquoi?» m'écriai-je. -»Ce n'est pas convenable», répondit-il. Au loin, je voyais approcher des figures à pied qui soulevaient beaucoup de poussière, vite déportée par le vent. Ma sœur marchait au milieu, toujours nue, escortée par les deux affreuses créatures et les musiciens. «Est-il convenable qu'elle marche comme ça, nue, devant tous?» demandai-je rageusement. Son œil unique ne me quittait pas: «Pourquoi pas? Ce n'est plus une vierge, après tout. Pourtant, nous la prenons quand même». Je voulus descendre du kourgane pour la rejoindre mais les deux jumeaux, qui avaient réapparu, me barraient le chemin. Je cherchai à les contourner mais ils se déplaçaient pour m'en empêcher. Pris de colère, je levai la main sur eux. «Ne les frappe pas!» aboya le borgne. Je me retournai vers lui, hors de moi: «Que me sont-ils donc?» lançai-je avec fureur. Il ne répondit rien. Au fond de l'allée, entre les rangs de cavaliers empaillés sur leurs montures, ma sœur avançait d'un pas égal.

v.

SARABANDE

Pourquoi tout était-il si blanc? La steppe n'avait pas été si blanche. Je reposais dans une étendue de blancheur. Peut-être avait-il neigé, peut-être gisais-je comme un soldat abattu, un étendard couché dans la neige. En tout cas, je n'avais pas froid. À vrai dire, difficile d'en juger, je me sentais entièrement détaché de mon corps. De loin, j'essayai d'identifier une sensation concrète: dans ma bouche, un goût de boue. Mais cette bouche flottait là, sans même une mâchoire pour la soutenir. Quant à ma poitrine, elle semblait écrasée sous plusieurs tonnes de pierre; je les cherchai des yeux, mais les apercevoir, impossible. Décidément, me dis-je, me voilà bien dispersé. Oh, mon pauvre corps. Je voulais me blottir dessus, comme on se blottit sur un enfant chéri, la nuit, dans le froid. En ces contrées blanches, sans fin, une boule de feu tournoyait, me crevait le regard. Mais ses flammes étrangement ne donnaient aucune chaleur à la blancheur. Impossible de la fixer, impossible de s'en détourner aussi, elle me poursuivait de sa présence désagréable. La panique me dominait; et si je ne retrouvais jamais mes pieds, comment alors la maîtriser? Que tout cela était difficile. Combien de temps passai-je ainsi? Je ne saurais le dire, une année gravidique au moins. Cela me donnait du temps pour observer les choses et c'est ainsi que lentement je constatai que tout ce blanc n'était pas uniforme; il y avait des gradations, aucune sans doute n'aurait mérité l'appellation de gris pâle, mais des variations quand même; pour les décrire, il aurait fallu un nouveau vocabulaire, aussi subtil et précis que celui des Inuits, pour décrire les états de la glace. Ce devait aussi être une question de texture; mais ma vue, sur ce point, semblait aussi peu sensible que mes doigts inertes. De lointains grondements me parvenaient. Je résolus de m'accrocher à un détail, une discontinuité du blanc, jusqu'à ce qu'il se livre à moi. Je consacrai encore au moins un siècle ou deux à cet effort immense, mais enfin je compris de quoi il retournait: c'était un angle droit. Allez, encore un effort. En étendant cet angle, je finis par en découvrir un autre, puis un autre encore; ainsi, eurêka, c'était d'un cadre qu'il s'agissait, maintenant cela allait plus vite, je découvrais d'autres cadres, mais tous ces cadres étaient blancs, et hors les cadres c'était blanc, et à l'intérieur des cadres aussi: peu d'espoir, désespérai-je, que j'en vienne à bout de sitôt. Sans doute fallait-il procéder par hypothèses. Serait-ce de l'art moderne? Mais ces cadres réguliers étaient parfois brouillés par d'autres formes, blanches également mais floues, molles. Ah, quel labeur d'interprétation, quel travail sans fin. Mais mon obstination me livrait continuellement de nouveaux résultats: la surface blanche qui s'étendait au loin était en fait striée, vallonnée, une steppe peut-être vue d'avion (mais pas d'un dirigeable, cela n'avait pas le même aspect). Quel succès! Je n'étais pas peu fier de moi. Encore un dernier effort, me semblait-il, et je viendrais à bout de ces mystères. Mais une catastrophe imprévue mit brutalement fin à mes recherches: la boule de feu mourut, et je fus plongé dans l'obscurité, une ténèbre épaisse, asphyxiante. Se débattre était vain; je hurlais, mais aucun son ne sortait de mes poumons écrasés. Je savais que je n'étais pas mort, car la mort elle-même ne pouvait être aussi noire; c'était bien pire que la mort, un cloaque, un marécage opaque; et l'éternité ne semblait qu'un instant en regard du temps que j'y passais. Enfin, la sentence fut levée: lentement, la noirceur sans fin du monde se défit. Et avec le retour magique de la lumière, je voyais les choses plus clairement; alors, nouvel Adam, la capacité de nommer les choses me fut rendue (ou peut-être simplement donnée): le mur, la croisée, le ciel laiteux derrière les vitres. Je contemplai ce spectacle extraordinaire avec émerveillement; puis je détaillai tout ce que mon regard pouvait rencontrer: la porte, la poignée de la porte, la faible ampoule sous son abat-jour, le pied du lit, les draps, des mains veinées, sans doute les miennes. La porte s'ouvrit et une femme apparut, vêtue de blanc; mais avec elle une couleur fit irruption dans ce monde, une forme rouge, vive comme le sang sur la neige, et cela m'affligea au-delà de toute mesure, et j'éclatai en sanglots. «Pourquoi pleurez-vous?» dit-elle d'une voix mélodieuse, et ses doigts pâles et frais me caressèrent la joue. Peu à peu je me calmai. Elle dit encore quelque chose que je ne distinguai pas; je la sentis manipuler mon corps; terrifié, je fermai les yeux, ce qui me donna enfin une mesure de pouvoir sur ce blanc aveuglant. Plus tard, un homme d'âge mûr apparut à son tour, ce devait être ce qu'on appelle entrer, donc, un homme d'âge mur, aux cheveux blancs, entra à son tour: «Ah, vous êtes donc réveillé!» s'écria-t-il sur un ton enjoué. Pourquoi disait-il cela? Cela faisait une éternité que je veillais; le sommeil, j'en avais oublié jusqu'au nom. Mais peut-être lui et moi ne pensions-nous pas à la même chose. Il s'assit près de moi, me retroussa sans ménagement la paupière, me ficha une lumière dans l'oeil: «Très bien, très bien», répétait-il, satisfait de son tour cruel. Enfin il partit aussi.

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