Jonathan Littell - Les Bienveillantes

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"En fait, j'aurais tout aussi bien pu ne pas écrire. Après tout, ce n'est pas une obligation. Depuis la guerre, je suis resté un homme discret; grâce à Dieu, je n'ai jamais eu besoin, comme certains de mes anciens collègues, d'écrire mes Mémoires à fin de justification, car je n'ai rien à justifier, ni dans un but lucratif, car je gagne assez bien ma vie comme ça. Je ne regrette rien: j'ai fait mon travail, voilà tout; quant à mes histoires de famille, que je raconterai peut-être aussi, elles ne concernent que moi; et pour le reste, vers la fin, j'ai sans doute forcé la limite, mais là je n'étais plus tout à fait moi-même, je vacillais, le monde entier basculait, je ne fus pas le seul à perdre la tête, reconnaissez-le. Malgré mes travers, et ils ont été nombreux, je suis resté de ceux qui pensent que les seules choses indispensables à la vie humaine sont l'air, le manger, le boire et l'excrétion, et la recherche de la vérité. Le reste est facultatif."Avec cette somme qui s'inscrit aussi bien sous l'égide d'Eschyle que dans la lignée de Vie et destin de Vassili Grossman ou des Damnés de Visconti, Jonathan Littell nous fait revivre les horreurs de la Seconde Guerre mondiale du côté des bourreaux, tout en nous montrant un homme comme rarement on l'avait fait: l'épopée d'un être emporté dans la traversée de lui-même et de l'Histoire.

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La commission de la Wehrmacht achevait son étude sur les Bergjuden et Köstring souhaitait tenir une conférence à Naltchik à ce sujet. Cela devenait d'autant plus pressant que le Conseil national kabardo-balkar était en cours de formation et que l'OKHG voulait régler l'affaire avant la formation du district autonome, prévue pour le 18 décembre lors du Kurman Baïram. Weseloh avait achevé son travail et rédigeait son rapport; Bierkamp nous convoqua à Vorochilovsk pour examiner notre position. Après quelques jours relativement doux, où il avait de nouveau neigé, la température était redescendue jusqu'à environ -20°; j'avais enfin reçu ma chouba et mes bottes; c'était très encombrant, mais ça tenait chaud. Je fis la route avec Weseloh; de Vorochilovsk, elle repartirait directement pour Berlin. Au Gruppenstab, je retrouvai Persterer et Reinholz, que Bierkamp avait aussi convoqués; en outre, Leetsch, Prill et le Sturmbannführer Holste, le Leiter IV/V du groupe, assistaient à la réunion. «D'après mes informations, commença Bierkamp, la Wehrmacht et ce Dr. Bräutigam veulent exempter les Bergjuden des mesures antijuives pour ne pas nuire aux bonnes relations avec les Kabardes et les Balkars. Ils vont donc chercher à prétendre que ce ne sont pas vraiment des Juifs, de manière à se mettre à l'abri de critiques de Berlin. Pour nous, ce serait une grave erreur. En tant que Juifs et Fremdkörper parmi les peuples environnants, cette population restera une source de danger permanent pour nos forces: un nid d'espionnage et de sabotage et un vivier pour les partisans. La nécessité de mesures radicales ne fait aucun doute. Mais nous devons avoir des preuves solides pour faire face aux arguties de la Wehrmacht» – «Je pense, Herr Oberführer, que ce ne sera pas difficile de démontrer la justesse de notre position, affirma Weseloh de sa petite voix grêle. Je serai désolée de ne pas pouvoir le faire moi-même, mais je laisserai avant de partir un rapport complet avec tous les points importants. Cela vous permettra de répondre à toutes les objections de la Wehrmacht ou de l'Ostministerium,» – «Parfait. Pour les arguments scientifiques, vous reverrez cela avec le Hauptsturmführer Aue, qui présentera cette partie-là. Je présenterai moi-même la position concrète de la Sicherheitspolizei du point de vue de la sécurité». Tandis qu'il parlait, je parcourais rapidement la liste de citations établie par Weseloh tendant à établir une origine purement juive et très ancienne des Bergjuden. «Si vous le permettez, Herr Oberführer, je voudrais faire une remarque sur le dossier établi par le docteur Weseloh. C'est un travail excellent, mais elle a purement omis de citer tous les textes qui contredisent notre point de vue. Les experts de la Wehrmacht et de l'Ostministerium, eux, ne se priveront pas de nous les opposer. Je crois qu'ainsi la base scientifique de notre position reste assez faible». – «Hauptsturmführer Aue, intervint Prill, vous avez dû passer trop de temps à discuter avec votre ami le Leutnant Voss. On dirait qu'il a influencé votre jugement» Je lui lançai un regard exaspéré: ainsi, voilà ce qu'il tramait avec Turek. «Vous vous trompez, Hauptsturmführer. Je cherchais simplement à faire remarquer que la documentation scientifique existante n'est pas concluante, et que baser notre position dessus serait une erreur». -»Ce Voss a été tué, je crois?» intervint Leetsch. – «Oui, répondit Bierkamp. Par des partisans, peut-être même par ces Juifs-là. C'est bien entendu dommage. Mais j'ai des raisons de croire qu'il travaillait activement contre nous. Hauptsturmführer Aue, je comprends votre incertitude; mais vous devez vous en tenir à l'essentiel et non aux détails. Les intérêts de la SP et de la S S, ici, sont clairs, voilà ce qui compte». – «De toute manière, dit Weseloh, leur caractère juif crève les yeux. Leurs manières sont insinuantes, et ils ont même essayé de nous corrompre». – «Absolument, confirma Persterer. Ils sont revenus plusieurs fois au Kommando nous apporter des manteaux fourrés, des couvertures, des batteries de cuisine. Ils disent que c'est pour aider nos troupes, mais ils nous ont aussi donné des tapis, des beaux couteaux et des bijoux». – «Il ne faut pas être dupe», avança Holste qui avait l'air de s'ennuyer. – «Oui, dit Prill, mais songez qu'ils font la même chose avec la Wehrmacht». La discussion dura un certain temps. Bierkamp conclut: «Le Brigadeführer Korsemann viendra en personne à la conférence de Naltchik. Je ne pense pas, si nous présentons bien la chose, que le groupe d'armées osera nous contredire ouvertement. Après tout, c'est leur sécurité aussi qui est en jeu. Sturmbannführer Persterer, je compte sur vous pour mettre en place tous les préparatifs pour une Aktion rapide et efficace. Une fois que nous aurons le feu vert, nous devrons aller vite. Je veux que tout soit fini pour la Noël, afin que je puisse inclure les chiffres dans mon rapport récapitulatif de fin d'année».

Après la réunion, j'allai dire au revoir à Weseloh. Elle me serra la main avec chaleur. «Hauptsturmführer Aue, vous ne pouvez pas savoir comme j'ai été heureuse de pouvoir effectuer cette mission. Pour vous, ici, à l'Est, la guerre est une affaire de tous les jours; mais à Berlin, dans les bureaux, on oublie vite le péril mortel dans lequel se trouve la Heimat, et les difficultés et les souffrances du front. Venir ici m'a permis de comprendre tout cela au fond de moi-même. Je rapporterai le souvenir de vous tous comme une chose précieuse. Bonne chance, bonne chance. Heil Hitler!» Son visage brillait, elle était en proie à une exaltation étonnante. Je lui rendis son salut et la quittai.

Jünger se trouvait encore à Vorochilovsk, et j'avais entendu dire qu'il recevait les admirateurs qui le sollicitaient; il devait bientôt partir inspecter les divisions de Ruoff devant Touapsé. Mais j'avais perdu toute envie de rencontrer Jünger. Je rentrai à Piatigorsk en songeant à Prill. Visiblement, il tentait de me nuire; je ne comprenais pas bien pourquoi: je ne lui avais jamais cherché noise; mais il avait choisi de prendre le parti de Turek. Il était en contact permanent avec Bierkamp et Leetsch, et ce ne devait pas être chose difficile, à force de petites insinuations, que de les tourner contre moi. Cette affaire des Bergjuden risquait de me mettre en mauvaise posture: je n'avais aucun à priori, je souhaitais simplement respecter une certaine honnêteté intellectuelle, et je comprenais mal l'insistance de Bierkamp à vouloir à tout prix les liquider; était-il sincèrement convaincu de leur appartenance raciale juive? Pour moi, cela ne ressortait pas de manière nette de la documentation; quant à leur apparence ou à leur comportement, ils ne ressemblaient en rien aux Juifs que nous connaissions; à les voir chez eux, ils paraissaient en tous points pareils aux Kabardes, aux Balkars ou aux Karatchaïs. Ceux-là aussi nous offraient des cadeaux somptueux, c'était une tradition, on n'était pas obligé d'y voir de la corruption. Mais je devais faire attention: une indécision pouvait être interprétée comme de la faiblesse, et Prill et Turek profiteraient du moindre faux pas.

À Piatigorsk, je trouvai de nouveau la salle des cartes fermée: l'armée Hoth, formée à partir des restes renforcés de la 4e armée blindée, lançait sa percée à partir de Kotelnikovo en direction du Kessel. Mais les officiers affichaient un air optimiste, et leurs commentaires me servirent à compléter les communiqués officiels et les rumeurs; tout portait à croire qu'une fois encore, comme devant Moscou l'année précédente, le Führer avait eu raison de tenir bon. De toute façon je devais préparer la conférence sur les Bergjuden et avais peu de temps pour autre chose. En relisant les rapports et mes notes, je songeais aux paroles de Voss, lors de notre dernière conversation; et en examinant les différentes preuves accumulées, je me demandais: Qu'en aurait-il pensé, qu'aurait-il accepté ou rejeté? Le dossier, en fin de compte, était bien mince. Il me semblait sincèrement que l'hypothèse khazare n'était pas tenable, que seule l'origine perse faisait sens; quant à ce que cela voulait dire, j'en étais moins sûr que jamais. Je regrettais énormément la disparition de Voss; il était bien, ici, la seule personne avec qui j'aurais pu en discuter sérieusement; les autres, ceux de la Wehrmacht comme ceux de la SS, peu leur importait, au fond, la vérité et la rigueur scientifique: ce n'était pour eux qu'une question politique. La conférence se tint vers le milieu du mois, quelques jours avant le Grand Baïram. Il y avait beaucoup de monde, la Wehrmacht avait fait replâtrer à la hâte une large salle de réunion à l'ancien siège du Parti communiste, avec une immense table ovale encore marquée par les éclats des shrapnels qui avaient crevé le toit. Il y eut une brève discussion animée sur une question de préséance: Köstring souhaitait regrouper les différentes délégations, administration militaire, Abwehr, AOK, Ostministerium et SS, et cela paraissait logique, mais Korse-mann insistait pour que tout le monde soit placé selon son grade; Köstring finit par céder, ce qui fit que Korsemann s'assit à sa droite, Bierkamp un peu plus bas, et que je me retrouvai presque en bout de table, en face de Bräutigam qui n'était qu'un Hauptmann de la réserve, et à côté de l'expert civil de l'institut du ministre Rosenberg. Köstring ouvrit la séance puis fit introduire Selim Chadov, le chef du Conseil national kabardo-balkar, qui prononça un long discours sur les très vieilles relations de bon voisinage, d'entraide, d'amitié, et même parfois de mariage entre les peuples kabarde, balkar et tat. C'était un homme un peu gras, vêtu d'un costume croisé en tissu brillant, son visage un peu flasque raffermi par une moustache fournie, et qui parlait un russe lent et emphatique; Köstring traduisait lui-même ses paroles. Lorsque Chadov eut fini, Köstring se leva et lui assura, en russe (cette fois-ci, un Dolmetscher traduisait pour nous), que l'avis du Conseil national serait pris en compte, et qu'il espérait que la question serait résolue à la satisfaction de tout le monde. Je regardai Bierkamp, assis de l'autre côté de la table, à quatre sièges de Korsemann: il avait posé sa casquette sur la table à côté de ses papiers, et écoutait Köstring en pianotant des doigts; Korsemann, lui, grattait un impact de shrapnel avec son stylo. Après la réponse de Köstring, on fit ressortir Chadov, et le général se rassit sans commenter l'échange. «Je propose que nous commencions par les rapports des experts, fit-il. Doktor Bräutigam?» Bräutigam indiqua l'homme assis à ma gauche, un civil à la peau jaunâtre, avec une petite moustache tombante et des cheveux graisseux, soigneusement peignés et saupoudrés, comme ses épaules qu'il brossait nerveusement, d'une nuée de pellicules. «Permettez-moi de vous présenter le Dr. Rehrl, un spécialiste du judaïsme oriental à l'Institut pour les questions juives de Francfort». Rehrl décolla légèrement les fesses de son siège en une petite courbette et se lança d'une voix monocorde et nasillarde: «Je pense que nous avons affaire ici à un restant de peuplade turque, qui aurait pris la religion mosaïque lors de la conversion de la noblesse khazare, et qui se serait plus tard réfugié à l'est du Caucase, vers les Xe ou XIe siècles, lors de la destruction de l'Empire khazar. Là, ils se seraient confondus par mariage avec une tribu montagnarde iranophone, les Tats, et une partie du groupe se serait converti ou reconverti à l'islam tandis que les autres maintenaient un judaïsme qui s'est peu à peu corrompu». Il commença à égrener des preuves: d'abord, les mots en langue täte pour la nourriture, les gens et les animaux, soit le substrat fondamental de la langue, étaient principalement d'origine turque. Puis il passa en revue le peu qui soit connu de l'histoire de la conversion des Khazars. Il y avait là des points dignes d'intérêt, mais son exposé tendait à présenter les choses en vrac, et était un peu difficile à suivre. Je fus toutefois impressionné par son argument sur les noms propres: on trouvait, chez les Bergjuden, des noms de fêtes juives tels Hanoukah ou Pessah utilisés comme noms propres, par exemple dans le nom russisé Khanukaïev, usage qui n'existe ni chez les Juifs ashkénazes, ni chez les séfarades, mais qui est attesté chez les Khazars: le nom propre Hanukkah, par exemple, apparaît deux fois dans la Lettre de Kiev, une lettre de recommandation écrite en hébreu par la communauté khazare de cette ville au début du Xe siècle; une fois sur une pierre tombale en Crimée; et une fois dans la liste des rois khazars. Pour Rehrl, ainsi, les Bergjuden, malgré leur langue, étaient assimilables du point de vue racial aux Nogaïs, aux Koumyks et aux Balkars plutôt qu'aux Juifs. Le chef de la commission d'enquête de la Wehrmacht, un officier rubicond nommé Weintrop, prit la parole à son tour: «Mon opinion ne saurait être aussi tranchée que celle de mon respecté collègue. À mon avis, les traces d'une influence juive caucasienne sur ces fameux Khazars – au sujet desquels on sait en fait peu de chose – sont aussi nombreuses que les preuves d'une influence contraire. Par exemple, dans le document connu sous le nom de Lettre anonyme de Cambridge, et qui doit aussi dater du Xe siècle, il est écrit que des Juifs d'Arménie se sont entremariés avec les habitants de cette terre – il veut dire les Khazars -, se sont mélangés aux Gentils, ont appris leurs pratiques, et sortaient continuellement faire la guerre avec eux; et ils sont devenus un seul peuple. L'auteur parle là des Juifs du Moyen-Orient et des Khazars: quand il mentionne l'Arménie, ce n'est pas l'Arménie moderne que nous connaissons, mais la Grande Arménie ancienne, c'est-à-dire presque toute la Transcaucasie et une bonne partie de l'Anatolie»… Weintrop continua dans cette veine; chaque élément de preuve qu'il avançait semblait s'opposer au précédent. «Si l'on en vient maintenant à l'observation ethnologique, on constate peu de différences avec leurs voisins convertis à l'islam, voire devenus chrétiens comme les Osses. L'influence païenne reste très forte: les Bergjuden pratiquent la démonologie, portent des talismans pour se protéger des mauvais esprits, et ainsi de suite. Cela ressemble aux pratiques soi-disant soufies des montagnards musulmans, comme le culte des tombes ou les danses rituelles, qui sont aussi des survivances païennes. Le niveau de vie des Bergjuden est identique à celui des autres montagnards, que ce soit en ville ou dans les aoul que nous avons visités: il est exclu de dire que les Bergjuden auraient profité du Judéo-bolchevisme pour faire avancer leur position. Au contraire, ils semblent en général presque plus pauvres que les Kabardes. Au repas du Shabbat, les femmes et les enfants sont assis à l'écart des hommes: c'est contraire à la tradition juive, mais c'est la tradition montagnarde. À l'inverse, lors des mariages comme celui auquel nous avons pu assister, avec des centaines d'invités kabardes et balkars, les hommes et les femmes des Bergjuden dansaient ensemble, ce qui est strictement prohibé par le judaïsme orthodoxe». – «Vos conclusions, donc?» demanda von Bittenfeld, l'adjudant de Köstring. Weintrop gratta ses cheveux blancs, coupés presque ras: «Quant à l'origine, difficile à dire: les informations sont contradictoires. Mais il nous semble évident qu'ils sont complètement assimilés et intégrés et si on veut vermischlingt, "mischlingisés". Les traces de sang juif qui restent doivent être négligeables». – «Pourtant, intervint Bierkamp, ils s'accrochent avec obstination à leur religion juive, qu'ils ont préservée intacte durant des siècles». – «Oh, pas intacte, Herr Oberführer, pas intacte, fit Weintrop avec bonhomie. Bien corrompue, je trouve au contraire. Ils ont entièrement perdu tout savoir talmudique, si tant est qu'ils l'ont jamais eu. Avec leur démonologie, cela en fait quasiment des hérétiques, comme les Karaïtes. D'ailleurs, les Juifs ashkénazes les méprisent et les nomment Byky, les "Taureaux", un terme péjoratif». – «À ce sujet, fit suavement Köstring en se tournant vers Korsemann, quelle est donc l'opinion de la S S?» – «C'est certainement une question importante, opina Korsemann. Je vais passer la parole à l'Oberführer Bierkamp». Bierkamp réunissait déjà ses feuillets: «Malheureusement, notre propre spécialiste, le Dr. Weseloh, a dû rentrer en Allemagne. Mais elle a préparé un rapport complet, que je vous ai fait suivre, Herr General, et qui soutient fortement notre opinion: ces Bergjuden sont des Fremdkörper extrêmement dangereux qui représentent une menace pour la sécurité des troupes, menace à laquelle nous devons réagir avec vigueur et énergie. Ce point de vue, qui, à la différence de celui des chercheurs, prend en compte la question vitale de la sécurité, s'étaye aussi sur une étude des documents scientifiques menée par le Dr. Weseloh, dont les conclusions diffèrent de celles des autres spécialistes ici présents. Je vais laisser au Hauptsturmführer Dr. Aue le soin de les présenter». J'inclinai la tête: «Merci, Herr Oberführer. Je crois que, pour être clair, il est préférable de différencier les niveaux de preuves. Il y a d'abord les documents historiques, puis ce document vivant qu'est la langue; il y a ensuite les résultats de l'anthropologie physique et culturelle; et finalement les recherches ethnologiques de terrain comme celles menées par le Dr. Weintrop ou le Dr. Weseloh. Si l'on considère les documents historiques, il semble établi que des Juifs vivaient au Caucase bien avant la conversion des Khazars». Je citai Benjamin de Tudela et quelques autres sources anciennes comme le Derbent-Nameh. «Au IXe siècle, Eldad ha-Dani a visité le Caucase et a noté que les Juifs des montagnes avaient une excellente connaissance du Talmud»… – «Ils l'ont bien perdue!» interrompit Weintrop. – «Absolument, mais le fait reste qu'à une époque les talmudistes de Derbent et de Chemakha, en Azerbaïdjan, étaient fort réputés. Ce qui est peut-être d'ailleurs un phénomène un peu tardif: en effet, un voyageur juif des années 80 du siècle dernier, un certain Judas Tchorny, pensait que les Juifs étaient arrivés au Caucase non pas après mais avant la destruction du Premier Temple, et avaient vécu coupés de tout, sous protection perse, jusqu'au IVe siècle. Plus tard seulement, lorsque les Tatars envahirent la Perse, les Bergjuden rencontrèrent des Juifs de Babylone qui leur enseignèrent le Talmud. Ce ne serait qu'à cette époque-là qu'ils auraient donc adopté la tradition et les enseignements rabbiniques. Mais cela n'est pas prouvé. Pour des preuves de leur ancienneté, il faudrait plutôt se tourner vers les traces archéologiques, comme ces ruines désertes en Azerbaïdjan qu'on nomme Chifut Tebe, la "colline des Juifs", ou Chifut Kabur, la "tombe des Juifs". Elles sont très anciennes. Quant à la langue, les observations du Dr. Weseloh corroborent celles de feu le Dr. Voss: c'est un dialecte iranien occidental moderne – je veux dire pas plus vieux que le VIIIe ou le IXe siècle, voire le Xe -, ce qui semble contredire une ascendance chaldéenne directe, telle que la propose Pantyoukov d'après Quatrefages. Quatrefages d'ailleurs pensait que les Lesghines, certains Svans et les Khevsours avaient aussi des origines juives; en géorgien, Khevis Uria veut dire "le Juif de la vallée". Le baron Peter Uslar, plus raisonnablement, suggère une immigration juive fréquente et régulière au Caucase durant deux mille ans, avec chaque vague s'intégrant plus ou moins aux tribus locales. Une explication pour le problème de la langue serait que les Juifs se soient entremariés avec une tribu iranienne, les Tats, arrivée plus tardivement; eux-mêmes seraient venus au temps des Achéménides comme colons militaires pour défendre le pas de Derbent contre les nomades des plaines du Nord». – «Les Juifs, des colons militaires? lança un Oberst de l'A OK. Cela me semble ridicule.» – «Pas tant que ça, rétorqua Bräutigam. Les Juifs d'avant la Diaspora ont une longue tradition guerrière. Il n'y a qu'à voir la Bible. Et souvenez-vous comment ils ont tenu tête aux Romains». – «Ah, oui, c'est dans Josephus, ça», ajouta Korsemann. – «En effet, Herr Brigadeführer», approuva Bräutigam. – «Bref, repris-je, cet ensemble de faits semble contredire une origine khazare. Au contraire, l'hypothèse de Vsevolod Miller, que ce seraient les Bergjuden qui auraient apporté le judaïsme aux Khazars, semble plus plausible». – «C'est tout à fait ce que je disais, intervint Weintrop. Mais vous-même avec votre argument linguistique ne niez pas la possibilité de la "mischlingisation"«. – «C'est vraiment dommage que le Dr. Voss ne soit plus parmi nous, fit Köstring. Il nous aurait certainement éclairci ce point». – «Oui, dit tristement von Gilsa. Nous le regrettons beaucoup. C'est une grande perte». – «La science allemande, prononça sentencieusement Rehrl, paye aussi un lourd tribut au Judéo-bolchevisme.» – «Oui, mais enfin, dans le cas de ce pauvre Voss, il s'agirait plutôt d'un malentendu, disons, culturel», avança Bräutigam. – «Meine Herren, Meine Herren, coupa Köstring. Nous nous éloignons du sujet. Hauptsturmführer?» – «Merci, Herr General. Malheureusement, l'anthropologie physique nous permet difficilement de trancher entre les diverses hypothèses. Permettez-moi de vous citer les données recueillies par le grand savant Erckert dans Der Kaukasus und Seine Völker, publié en 1887. Pour l'index céphalique, il donne 79,4 (mésocéphale) pour les Tatars d'Azerbaïdjan, 83,5 (brachycéphale) pour les Géorgiens, 85,6 (hyperbrachycéphale) pour les Arméniens, et 86,7 (hyperbrachycéphale) pour les Bergjuden». – «Ha! s'exclama Weintrop. Comme les Mecklembourgeois!» – «Chut…, fit Köstring. Laissez parler le Hauptsturmführer». Je repris: «Hauteur de tête Kalmouks, 62; Géorgiens, 67,9; Bergjuden, 67,9; Arméniens, 71,1. Index facial: Géorgiens, 86,5; Kalmouks, 87 • Arméniens, 87,7; et Bergjuden, 89. Enfin, index nasal: les Bergjuden sont au bas de l'échelle avec 62,4, et les Kalmouks en haut avec 75,3, un écart significatif. Les Géorgiens et les Arméniens sont entre les deux». – «Qu'est-ce que tout cela veut dire? demanda l'Oberst de l'AOK. Je ne comprends pas».

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