La chambre d’Al Lawnbrook était dans un léger désordre. Quelques objets étaient tombés de sa table de nuit : portefeuille, livre, photo encadrée. Les stores en plastique de la fenêtre étaient légèrement inclinés, les plis du bas tordus.
Et ici, l’odeur était pire. Elle n’était pas trop puissante, mais ce n’était certainement pas quelque chose que Rosie voulait respirer plus longtemps.
Le lit était vide et il n’y avait rien de visible dans l’espace entre la commode et le mur. Avec une boule dans la gorge, Rosie se tourna vers le placard. La porte était fermée et ceci était en quelque sorte pire que l’odeur. Pourtant, sa curiosité morbide l’aiguillonnait et Rosie se retrouva à se diriger vers le placard. Il tendit la main, toucha la poignée et pendant un instant il crut pouvoir véritablement ressentir la terrible odeur, collante et chaude.
Avant de tourner la poignée, il vit quelque chose du coin de l’œil. Il baissa les yeux vers ses pieds, pensant que ses nerfs étaient juste à vif et lui jouaient des tours. Mais non…il avait vu quelque chose.
Deux araignées passèrent précipitamment sous la porte. Elles étaient toutes deux assez grandes, l’une de la taille d’une pièce de vingt-cinq cents et l’autre si grosse qu’elle passait à peine à travers la fente. Rosie bondit de surprise et un petit cri échappa de sa gorge. Les araignées fuirent sous le lit et quand il se retourna pour les regarder, il vit quelques araignées accrochées au lit. La plupart d’entre elles étaient petites, mais il y en avait une de la taille d’un timbre-poste qui courait le long de l’oreiller.
L’adrénaline le poussait. Rosie attrapa la poignée, tourna et ouvrit.
Il essaya de crier mais ses poumons semblaient paralysés. Rien de plus qu’un bruit sec sortit de sa gorge tandis qu’il s’éloignait lentement de ce qu’il contemplait dans le placard.
Alfred Lawnbrook était étendu contre l’angle dans le fond. Son corps était pâle et immobile.
Il était aussi presque entièrement recouvert d’araignées.
Il y avait plusieurs gros filaments de toile sur lui. L’un le long de son bras droit était si épais que Rosie ne pouvait pas voir sa peau. La plupart des araignées étaient petites et semblaient presque inoffensives, mais, comme celles qu’il avait vues jusqu’ici, il y en avait aussi de grosses mélangées au reste. Tandis que Rosie observait fixement avec horreur, une araignée de la taille d’une balle de golf passa sur le front de Lawnbrook. Une autre plus petite grimpa sur sa lèvre inférieure.
C’est ce qui tira Rosie de sa stupeur. Il faillit trébucher sur ses propres pieds tout en sortant de la pièce à toute vitesse en poussant des cris perçants, se frappant la nuque comme si des millions d’araignées grouillaient sur lui.
Deux mois plus tôt…
Tout en ouvrant un des nombreux cartons éparpillés dans sa nouvelle maison, Avery Black se demanda pourquoi elle avait attendu si longtemps pour s’éloigner de la ville. Elle ne lui manquait pas du tout et elle commençait vraiment à regretter le fait d’y avoir perdu tant de temps.
Elle jeta un coup d’œil à l’intérieur de la boîte, dans l’espoir d’y trouver son iPod. Elle n’avait rien étiqueté quand elle avait quitté son appartement de Boston. Elle avait tout jeté dans une série de cartons et avait déménagé en une journée. C’était il y a trois semaines de cela et elle n’avait toujours pas fini de déballer. En fait, ses draps étaient enchevêtrés quelque part dans ces boîtes mais elle avait choisi de dormir sur le canapé pendant les trois dernières semaines.
Le carton actuel ne contenait pas son iPod, mais quelques bouteilles d’alcool qu’elle avait presque oubliées. Elle sortit un verre, le remplit d’une bonne dose de bourbon et sortit sur la véranda. Elle plissa les yeux dans la lumière matinale et but un coup. Après avoir savouré sa chaleur, elle en prit un autre. Elle regarda ensuite sa montre et vit qu’il était à peine dix heures du matin.
Elle haussa les épaules et se laissa tomber sur le vieux fauteuil à bascule qui se trouvait sur le porche quand elle avait acheté les lieux. Elle contempla son nouvel environnement et fut chaleureusement rassurée de savoir qu’elle pourrait vivre le reste de sa vie ici assez confortablement.
La maison n’était pas tout à fait un chalet mais avait ce genre d’aspect rustique. C’était un endroit simple de plain-pied avec un intérieur moderne. En termes d’adresse postale, elle était proche de Walden Pond, mais juste assez hors des sentiers battus pour être considérée comme “au milieu de nulle part”. Son plus proche voisin était à un kilomètre de là et tout ce qu’elle pouvait voir au-delà de son porche et de la fenêtre arrière de la cuisine étaient des arbres.
Pas de klaxons. Pas de piétons pressés regardant en même temps leurs téléphones. Pas de circulation. Pas d’odeur constante d’essence et de pots d’échappement ou le bourdonnement des moteurs.
Elle avala une autre gorgée de son bourbon matinal et écouta ce qui l’entourait. Rien. Absolument rien. Enfin, ce n’était pas nécessairement vrai. Elle pouvait entendre deux oiseaux qui se répondaient et le léger grincement des arbres tandis qu’une fraîche brise de fin d’automne passait au travers.
Elle avait fait de son mieux pour que Rose vienne ici avec elle. Sa fille avait traversé beaucoup de choses et Dieu seul savait que rester en ville ne l’aiderait pas à guérir. Mais Rose avait refusé. Rose avait en réalité refusé avec véhémence. Après que le brouillard de la dernière affaire se soit dissipé, Rose avait eu besoin de faire porter la responsabilité pour la mort de son père sur quelqu’un. Et, comme d’habitude, cette faute était retombée sur Avery.
Même si cela faisait mal, Avery le comprenait ; elle se serait comportée de la même manière si les rôles avaient été inversés. Pendant son déménagement dans les bois, Rose l’avait accusée de fuir ses problèmes. Et Avery n’avait aucun scrupule à l’admettre. Elle était venue ici pour échapper aux souvenirs de la dernière affaire – des derniers mois de sa vie, si elle devait être totalement honnête.
Elles avaient été si proches de retrouver la relation qu’elles avaient autrefois. Mais quand le père de Rose était mort – ainsi que Ramirez, un homme qu’elle avait commencé à tolérer comme étant objet de l’amour de sa mère – tout s’était brusquement arrêté. Rose reprochait complètement à Avery la mort de son père, et Avery commençait lentement à s’en blâmer elle aussi.
Avery ferma les yeux et termina son verre de bourbon. Elle écouta les bruits tranquilles de la forêt et laissa la chaleur de l’alcool la réconforter. Elle avait laissé une chaleur similaire la réconforter au cours des trois dernières semaines, s’était saoulée une poignée de fois, à tel point qu’une fois elle avait perdu connaissance pendant plusieurs heures. Elle avait passé la nuit penchée au dessus de toilettes à se lamenter sur Ramirez et l’avenir qu’ils avaient été si près d’avoir.
En y repensant, Avery était embarrassée. Cela lui donnait envie de renoncer à boire pour de bon. Elle n’avait jamais été une grande buveuse, mais durant les trois dernières semaines, les spiritueux et le vin l’avaient aidée à surmonter.
À surmonter quoi, cependant ? se demanda-t-elle alors qu’elle se levait du fauteuil à bascule et retournait à l’intérieur.
Elle regarda le bourbon, tentée d’y aller et de s’enivrer d’ici à midi juste pour passer un autre jour. Mais elle savait que c’était de la lâcheté. Elle devait s’en sortir toute seule, avec la tête claire. Alors elle mit le bourbon et les autres bouteilles d’alcool dans un placard dans la cuisine. Elle passa ensuite au carton suivant dans ses tas, toujours à la recherche de l’iPod.
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