Avery hocha de la tête, ne se permettant pas de se faire entraîner dans une dispute. Elle savait que la plupart des hommes au-dessus d’elle cherchaient encore n’importe quelles petites choses pour la coincer. Et cela ne lui posait pas de problème. Étant donné son histoire sordide, elle s’y attendait presque.
Alors qu’elle commençait à s’écarter des marqueurs rouges, elle remarqua quelque chose d’autre à plusieurs mètres vers la droite. Elle l’avait vu quand elle s’était d’abord approchée des restes du squelette mais l’avait écarté comme étant une simple ordure. Mais maintenant alors qu’elle s’approchait des détritus, elle vit ce qui semblait être les éclats brisés de quelque chose. Cela ressemblait presque à du verre, potentiellement quelque chose qui avait été cuit dans un four à un moment donné. Elle marcha jusque-là, obtenant une meilleure vue du ruisseau boueux et stagnant le long de l’arrière du terrain.
« Quelqu’un a-t-il noté ça ? », demanda-t-elle.
Connelly approcha, à peine intéressé.
« Juste des détritus », dit-il.
Avery secoua la tête.
« Je ne le pense pas », dit-elle.
Elle remit les gants en latex et en ramassa un morceau. Après un examen de plus près, elle vit que quel que soit l’objet que cela avait été, il avait été fait de verre, pas d’un matériau en céramique. Il ne semblait pas y avoir de poussière ou d’usure naturelle patinée sur les fragments. Il y avait sept gros morceaux, environ de la taille de sa main, et ensuite d’innombrables petits éclats partout sur le sol. Hormis le fait d’avoir été brisé, ce qui avait été cassé paraissait être assez neuf.
« Quoi que ce soit, ce n’est pas là depuis très longtemps », dit-elle. « Assurez-vous que la scientifique vérifie ça pour des empreintes. »
« Je lancerai la scientifique dessus », dit Connelly sur un ton qui indiquait qu’il n’appréciait pas de recevoir des ordres. « Maintenant, vous deux…assurez-vous d’arriver au A1 d’ici la prochaine demi-heure. Je passerai quelques appels et j’aurais une équipe qui vous attendra dans la salle de conférence. Cette scène de crime est vieille de moins de deux heures ; j’aimerais serrer cet enfoiré avant qu’il n’ait une trop grande longueur d’avance. »
Avery jeta un dernier regard au squelette. Sans la couverture de sa chair, il avait l’air de sourire. Pour Avery, c’était presque comme si le tueur lui souriait, ravalant un rire moqueur. Et ce n’était pas seulement la vue d’un squelette récemment dépouillé qui lui faisait éprouver un sentiment de mauvais augure et de fatalité. C’était le lieu, les tas de cendres presque parfaitement sculptés autour des os, les restes non dissimulés et ce à dessein, et l’odeur chimique.
Tout cela semblait pointer vers quelque chose de précis. Cela pointait vers une intention et une organisation immenses. Et en ce qui concernait Avery, cela ne pouvait signifier qu’une chose : celui avait fait ça le referait certainement.
Quarante minutes plus tard, Avery pénétrait dans la salle de conférence centrale du quartier général du A1. Elle était déjà remplie d’un mélange d’agents et d’experts, douze au total, et elle en connaissait la plupart, pas aussi bien que Ramirez ou Finley cependant. Elle supposait que c’était là sa propre faute. Après que Ramirez lui avait été affecté en tant qu’équipier, elle n’avait pas fait d’efforts pour se faire des amis. Cela paraissait être une chose idiote à faire en tant qu’inspectrice de la Criminelle.
Pendant qu’ils prenaient tous place autour de la table (excepté Avery, qui préférait toujours être debout), un agent qu’elle ne connaissait pas commença à faire passer des copies imprimées des maigres informations qu’ils avaient jusqu’à présent – des images de la scène de crime et une feuille de points importants de ce qu’ils savaient sur elle. Avery en examina une et la trouva succincte.
Elle s’aperçut qu’alors que tout le monde commençait à prendre place, Ramirez s’était assis devant elle. Elle baissa les yeux sur lui et réalisa qu’elle s’était instinctivement rapprochée de lui. Elle découvrit aussi qu’elle voulait poser sa main sur son épaule, juste pour le toucher. Elle recula, remarquant que Finley la regardait curieusement.
Merde, pensa-t-elle. C’est si évident ?
Elle se replongea dans l’occupation en relisant les notes. Pendant qu’elle le faisait, O’Malley et Connelly entrèrent dans la pièce. O’Malley ferma la porte et se dirigea vers l’avant de la salle. Avant qu’il ne commence à parler, les murmures et conversations cessèrent. Avery l’observa avec une grande appréciation et du respect. Il était le genre d’homme qui pouvait prendre en main une salle simplement en s’éclaircissant la gorge ou en faisant savoir qu’il était sur le point de parler.
« Merci de vous être rassemblés si rapidement », dit O’Malley. « Vous avez dans vos mains tout ce que nous savons à propos de cette affaire jusque-là, à une exception. J’ai demandé à des employés de la ville de tirer tout ce qu’ils pouvaient des caméras des feux de circulation dans la zone. Deux des quatre montrent une femme promenant son chien. Et c’est tout ce que nous avons. »
« Il y a une autre chose », dit un des agents attablés. Avery savait que le nom de cet homme était Mosely, mais c’était tout ce qu’elle connaissait à propos de lui. « J’ai appris deux minutes avant de rentrer dans cette réunion qu’une patrouille a répondu à un appel ce matin de la part d’un homme âgé affirmant qu’il avait vu ce qu’il a décrit comme un “grand homme suspect” marchant dans cette zone. Il a dit qu’il glissait une sorte de sac sous un long manteau. La patrouille en a pris note mais a supposé qu’il s’agissait juste d’un vieil homme indiscret qui n’avait rien d’autre à faire. Mais quand cette affaire de feu a débuté ce matin, ils m’ont averti de ça. »
« Avons-nous les coordonnées de ce vieil homme ? », demanda Avery.
Connelly lui décocha un regard contrarié. Elle supposa qu’il pensait qu’elle parlait alors que ce n’était pas son tour – même s’il lui avait dit il n’y avait pas plus de quarante-cinq minutes qu’il s’agissait de son affaire.
« Nous l’avons », répondit Mosely.
« Je veux quelqu’un au téléphone avec lui à l’instant ou cette réunion sera terminée », dit O’Malley. « Finley… Où en sommes-nous sur la liste des endroits qui vendent des produits chimiques pouvant brûler avec autant d’intensité dans un laps de temps aussi court ? »
« J’ai trois endroits dans un rayon de trente-deux kilomètres. Deux d’entre eux m’envoient par e-mail une liste de produits chimiques qui pourraient faire une telle chose et si oui ou non ils les gardent en stock. »
Avery écoutait les échanges, prenant des notes mentalement et essayant de les ranger dans les cases appropriées. Avec chaque nouveau renseignement, l’étrange scène de crime du matin commençait à prendre plus de sens. Bien que, en réalité, il n’y ait pas beaucoup de sens à saisir à ce stade.
« Nous n’avons toujours aucune idée de qui est la victime », dit O’Malley. « Nous allons devoir nous appuyer sur les fichiers dentaires seuls, sur celle-là à moins, que nous puissions établir un lien avec les images des caméras de circulation. » Il regarda ensuite vers Avery et lui fit signe de venir vers l’avant de la table. « L’inspectrice Black est en charge sur celle-ci donc tout ce que vous trouverez à partir de maintenant ira directement à elle. »
Avery le rejoignit devant et parcourut la table du regard. Ses yeux s’arrêtèrent sur Jane Parks, une des enquêtrices en chef de la scientifique. « Avons-nous des résultats pour les éclats de verre brisé ? », demanda-t-elle.
Читать дальше