Rose était manifestement embarrassée. Elle leva les yeux au ciel et commença à déballer des DVD dans le petit salon qui était attenant à la cuisine.
« Et toi ? », demanda Rose. « Tu ne te lasses jamais d’être seule ? Tu sais…Papa est encore seul, lui aussi. »
« Je suis au courant de ça », dit Avery. « Mais ce ne sont pas mes affaires. »
« C’est ton ex-mari », fit remarquer Rose. « Et il est mon père. Donc ouais, c’est en quelque sorte tes affaires. Cela pourrait te faire un peu de bien de le voir. »
« Cela ne serait bien pour aucun de nous », répondit Avery. « Si tu le lui demandais, je suis sûre qu’il te dirait la même chose. »
Avery savait que c’était vrai. Bien qu’ils n’aient jamais parlé de se remettre ensemble, il y avait un accord non dit entre eux – quelque chose qu’ils avaient senti dans l’air depuis qu’elle avait perdu son travail en tant qu’avocate et avait essentiellement ruiné sa vie dans les semaines qui avaient suivi. Ils se toléraient l’un l’autre pour Rose. Même s’il y avait là des sentiments mutuels d’amour et de respect, ils savaient tous les deux qu’il n’y aurait pas de retour ensemble. Jack était seulement inquiet pour les mêmes choses qu’elle. Il voulait qu’Avery passe plus de temps avec Rose. Et cela dépendait d’elle de trouver comment faire ça. Elle avait passé du temps à imaginer un plan au cours des dernières semaines et même si cela nécessiterait un sacrifice de sa part, elle était prête à essayer.
Voyant que le sujet sensible de Jack passait déjà comme un nuage d’orage, Avery essaya d’aborder le sujet de ce sacrifice. Il n’y avait pas de manière subtile d’y parvenir, donc elle se lança et le dit.
« Je pensais peut-être demander une charge de travail plus légère pendant les quelques prochains mois. J’ai pensé que toi et moi devrions vraiment donner aux choses une véritable chance. »
Rose s’arrêta pendant une minute. Elle avait l’air pris de court, sincèrement surprise. Elle fit un léger signe de la tête de reconnaissance puis retourna à son déballage. Elle émit un petit hmmmph.
« Quoi ? », demanda Avery. »
« Mais tu adores ton travail. »
« C’est vrai », convint Avery. « Mais j’ai réfléchi à être transférée hors de la Criminelle. Si je faisais ça, mon emploi du temps se libèrerait un peu. »
Rose cessa alors complètement de déballer. Un éventail d’expression traversa son visage en l’espace d’une seconde. Avery était satisfaite de voir que l’une d’elles ressemblait beaucoup à de l’espoir.
« Maman, tu n’as pas à faire ça. » Sa voix était douce et spontanée, presque comme celle de la petite fille dont Avery pouvait facilement se souvenir. « C’est comme déraciner ta vie. »
« Non, ça ne l’est pas. Je vieillis et je me rends compte que j’ai manqué beaucoup de trucs de famille. C’est ce que j’ai besoin de faire pour passer à autre chose…pour m’améliorer. »
Rose s’assit sur le canapé, jonché de cartons et de vêtements. Elle leva les yeux vers Avery, la lueur de l’espoir encore sur son visage.
« Tu es certaine que c’est ce que tu veux ? », demanda-t-elle.
« Je ne sais pas. Peut-être. »
« Aussi », dit Rose, « je vois de qui je tiens ma super capacité à esquiver un sujet. Tu as évité le fait d’être seule à chaque fois assez rapidement. »
« Tu l’as remarqué, n’est-ce pas ? »
« Oui. Et pour être honnête, je pense que Papa l’a fait aussi. »
« Rose— »
Rose se tourna vers elle.
« Tu lui manques, Maman. »
Avery s’avachit. Elle se tint là, silencieuse pendant un moment, incapable de répondre.
« Il me manque aussi parfois », admit Avery. « Juste pas assez pour l’appeler et déterrer le passé. »
Tu lui manques, Maman.
Avery laissa cela rentrer. Elle pensait rarement à Jack dans un quelconque sens romantique. Elle avait dit la vérité, cependant. Il lui manquait. Son sens de l’humour bizarre, la manière dont son corps paraissait toujours un peu trop froid le matin, comment son besoin de sexe était presque drôlement prévisible, tout cela lui manquait. Plus que tout, néanmoins, le voir être un excellent père lui manquait. Mais tout cela avait disparu à présent, une partie d’une vie qu’Avery essayait de toutes ses forces de mettre derrière elle.
Pourtant, elle ne pouvait s’empêcher de se demander ce qui aurait pu être, réalisant qu’elle avait eu une chance d’avoir une vie merveilleuse. Une vie avec des palissades de piquets blancs, des kermesses pour l’école, et des dimanches après-midi paisibles dans le jardin.
Mais la chance pour avoir cela était passée. Rose avait manqué sur cette image parfaite et Avery se le reprochait encore.
« Maman ? »
« Pardon, Rose. Je ne vois simplement pas ton père et moi combler le fossé, tu sais ? En plus », ajouta-t-elle, et elle prit une grande inspiration, se préparant mentalement à la réaction de Rose, « peut-être que tu n’es pas la seule à avoir rencontré quelqu’un. »
Rose se tourna vers elle, et Avery fut soulagée de la voir sourire. Elle regardait vers sa mère avec cette sorte de sourire malicieux que des amies pourraient échanger par-dessus des cocktails tout en parlant d’hommes. Cela réchauffa le cœur d’Avery d’une manière dont elle n’était pas préparée, et qu’elle ne pouvait non plus expliquer.
« Quoi ? », demanda Rose, feignant la stupéfaction. « Toi ? Des précisions, s’il te plaît. »
« Il n’y a pas encore de détails. »
« Eh bien, qui est-ce ? »
Avery eut un petit rire en se rendant compte à quel point cela paraîtrait absurde. Bon sang, elle avait à peine dit au gars ce qu’elle ressentait. Le prononcer à haute voix devant sa fille serait un peu surréaliste.
Malgré tout, elle et Rose faisaient des progrès. Cela n’avait aucun sens de le réprimer en raison de son propre embarras d’éprouver des sentiments pour un homme qui n’était pas le père de Rose.
« C’est un homme avec qui je travaille. Ramirez. »
« Vous avez couché ensemble ? »
« Rose ! »
Rose haussa les épaules. « Eh…tu voulais une relation ouverte et honnête avec ta fille, non ? »
« Oui, j’imagine que c’est le cas », dit-elle avec un sourire. « Et non…nous n’avons pas couché ensemble. Mais je craque pour lui en quelque sorte. Il est gentil. Drôle, sexy, et il a ce charme en lui qui m’ennuyait avant mais maintenant…c’est attirant d’une certaine manière. »
« Est-ce qu’il ressent la même chose ? », demanda Rose.
« Oui. Ou…c’était le cas. Je pense que j’ai tout raté. Il a été patient mais je pense que sa patience s’est tarie. » Ce qu’elle garda pour elle était qu’elle avait pris la décision de dire à Ramirez ce qu’elle ressentait mais n’avait pas encore trouvé le courage de le faire.
« Est-ce que tu l’as repoussé ? », demanda Rose.
Avery sourit.
« Mince, tu es perspicace. »
« Je te le dis…c’est génétique. »
Rose esquissa de nouveau un grand sourire, elle paraissait avoir oublié pour le déballage pour le moment.
« Fonce, Maman ! »
« Oh mon dieu. »
Rose rit et Avery se joignit rapidement à elle. C’était bien le plus vulnérable qu’elles aient été l’une envers l’autre depuis qu’elles avaient commencé à œuvrer dans l’optique de réparer leur relation. Soudain, l’idée de se retirer de la Criminelle et de prendre un peu de congés au travail parut être une nécessité plutôt qu’une idée optimiste.
« Tu fais quelque chose ce week-end ? », demanda Avery.
« Défaire les cartons. Peut-être un rendez-vous avec Ma—le garçon qui demeurera anonyme pour le moment. »
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