Sa mère, Patricia White, leva les yeux vers elle. Elle paraissait beaucoup plus jeune que la dernière fois que Mackenzie l’avait vue. Elle sourit à Mackenzie, les yeux injectés de sang, avec un air étrange.
- Félicitations, Mackenzie. Mais pensais-tu vraiment que tu pouvais me cacher mon petit-fils ? Pourquoi le souhaiterais-tu, d’ailleurs ? Ai-je été une si mauvaise mère ? Est-ce cela ?
Mackenzie ouvrit la bouche pour dire quelque chose, pour exiger que sa mère lui rende son bébé. Mais lorsqu’elle s’exécuta, tout ce qui sortit de sa bouche fut de la barbe de maïs et de la terre, se déversant sur le sol.
Et pendant ce temps, sa mère souriait, en serrant Kévin contre elle, le blottissant contre elle.
Mackenzie bondit dans le lit en criant.
- Seigneur, Mac… est-ce que ça va ?
Ellington se tenait sur le seuil de la chambre. Il portait un T-shirt et un short de jogging, indiquant qu’il était en plein entraînement dans la chambre d’amis.
- Ouais, soupira-t-elle. Juste un cauchemar. Un très vilain cauchemar.
Puis elle jeta un coup d’œil au réveil et vit qu’il était presque huit heures du matin. Ellington avait réussi à lui accorder quelques heures de sommeil supplémentaires ; Kévin se réveillait en général aux alentours de cinq ou six heures pour manger.
- Il ne s’est pas encore réveillé ? demanda Mackenzie.
- Si. Je lui ai donné du lait congelé. Je sais que tu voulais garder ta réserve mais j’ai pensé que tu avais vraiment besoin de dormir.
- Tu es merveilleux, dit-elle en se rallongeant dans le lit.
- Ne l’oublie jamais. Maintenant, rendors-toi. Je te l’apporterai quand il aura besoin d’être changé. Marché conclu ?
Elle laissa échapper un murmure affirmatif tout en se rendormant. Pendant un instant, elle entrevit des images fantôme de son cauchemar dans sa tête mais elle les éloigna en repensant à son mari aimant et à son bébé qui serait ravi de la voir quand elle se réveillerait.
***
Un mois plus tard, Ellington retourna travailler. Le directeur McGrath lui avait promis de ne pas lui assigner des affaires intenses ou trop complexes pendant un moment, à cause du bébé et de l’épouse en plein allaitement qui l’attendaient à la maison. Et au-delà de ça, McGrath s’était également révélé assez souple quant à ses horaires. Certains jours, Ellington partait à huit heures du matin et revenait à seulement quinze heures.
Lorsqu’Ellington reprit ses fonctions, Mackenzie commença véritablement à se sentir mère. L’aide d’Ellington lui manqua vraiment beaucoup pendant les premiers jours mais être seule avec Kévin lui procurait une sensation spéciale. Peu à peu, elle se rendit compte qu’elle connaissait ses rythmes et ses petits caprices par cœur. Et même si la majeure partie de ses journées se déroulait assise sur le canapé pour cicatriser tout en dévorant des séries Netflix, elle sentait que leur lien se renforçait.
Mais Mackenzie n’avait jamais été du genre à supporter l’inactivité. Au bout d’une semaine, elle commença à culpabiliser d’enchaîner les épisodes sur Netflix. Elle mit à profit son temps libre pour lire des récits de crimes qui avaient réellement eu lieu. Elle parcourut les ressources textuelles en ligne tout comme les podcasts, en tentant de stimuler son esprit : elle s’efforçait de deviner l’issue de ces affaires de la vie réelle avant que le narrateur parvienne à leur conclusion.
Elle rendit visite à son gynécologue deux fois au cours de ces six premières semaines pour s’assurer que la cicatrice de la césarienne se refermait correctement. Même si le médecin semblait se réjouir de la rapidité avec laquelle elle se remettait, il insista en lui disant qu’un retour à la normale si rapide pourrait causer des complications. Il l’avertit que le simple fait de se pencher pour ramasser quelque chose pouvait causer une déchirure.
Pour la première fois de sa vie, Mackenzie se sentit vraiment invalide. Cela ne lui convenait pas, mais elle devait se concentrer sur Kévin. Elle comptait bien faire en sorte qu’il reste heureux et en bonne santé. Elle devait respecter un certain rythme et, comme Ellington et elle l’avaient prévu pendant sa grossesse, elle devait aussi le préparer à la séparation maternelle pour le faire garder dans le futur. Ils avaient trouvé une garderie réputée et avaient déjà réservé une place. Et même s’ils offraient d’accueillir le bébé à seulement deux mois, Mackenzie et Ellington avaient décidé de ne pas le confier à un étranger avant cinq ou six mois. La place qu’ils avaient réservée deviendrait disponible juste après l’anniversaire des six mois de Kévin, offrant à Mackenzie tout le temps nécessaire pour se sentir à l’aise, non seulement avec le développement de Kévin mais aussi avec l’idée de la séparation.
Donc elle ne vivait pas sa période de convalescence comme un problème tant que Kévin était avec elle. Même si elle n’en voulait pas à Ellington de retourner travailler, elle se surprit à désirer qu’il soit à la maison durant la journée, de temps en temps. Il ratait tous les sourires de Kévin, tous les petits tics adorables qu’il développait, les roucoulements et autres bruits de bébé.
Tandis que Kévin allait d’étape importante en étape importante, l’idée de la garderie rodait dans un coin de son esprit. Et avec elle, celle de réintégrer ses fonctions. Cette perspective l’enthousiasmait, pourtant, chaque fois qu’elle regardait son fils dans les yeux, elle ne parvenait pas à savoir si elle serait capable de vivre une vie qui l’obligeraient à courir vers le danger, un pistolet passé à la ceinture, avec de l’incertitude à chaque coin de rue. Cela semblait presque irresponsable qu’elle et Ellington occupent tous les deux un poste si dangereux.
La perspective de retourner travailler – pour le Bureau et dans des situations même seulement vaguement périlleuses – devint de moins en moins attrayante à mesure qu’elle tissait des liens avec son fils. En réalité, lorsque le médecin l’autorisa à reprendre une activité physique légère trois mois plus tard, elle n’était plus du tout sûre de vouloir réintégrer le FBI.
Grand Teton National Park, Wyoming
Bryce s’assit sur le rebord de la falaise, balançant les pieds au-dessus du vide. Le soleil se couchait, brillant de ses derniers feux dorés et orange vif disparaissant dans le halo rouge de l’horizon. Il se massa les mains et pensa à son père. Son équipement d’escalade se trouvait derrière lui, rangé et prêt pour une nouvelle aventure. Il lui restait deux kilomètres cinq à parcourir pour retourner à sa voiture – au total, il aurait parcouru cinq kilomètres à pied – mais pour l’instant, il ne pensait même pas à sa voiture.
Il ne pensait ni à sa voiture, ni à sa maison, ni à la femme qu’il venait d’épouser. Son père était mort un an plus tôt aujourd’hui, et ils avaient répandu ses cendres ici, en haut de la falaise sud de Logan’s View. Son père était mort sept mois avant son mariage et juste une semaine avant ce qui aurait été son cinquante-et-unième anniversaire.
C’était ici, très exactement, au sommet de la paroi sud de Logan’s View que Bryce et son père avaient célébré la première ascension de Bryce. Bryce savait qu’on ne pouvait pas la considérer comme une ascension difficile mais elle l’avait été pour lui, à dix-sept ans. Cependant, depuis, il avait escaladé des falaises bien plus impressionnantes dans le parc national de Grand Teton.
Honnêtement, Bryce ne voyait pas ce que cet endroit avait de si spécial. Il ignorait pourquoi son père avait demandé que ses cendres soient dispersées ici. Cela avait obligé Bruce et sa mère à se garer sur le parking général à trois kilomètres de distance de là où il se trouvait – où, il y avait un peu moins d’un an, ils avaient dispersé les cendres de son père. Bien sûr, le coucher de soleil était beau, mais il y avait beaucoup d’autres points de vue superbes dans le parc.
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