Jonathan Littell - Les Bienveillantes
Здесь есть возможность читать онлайн «Jonathan Littell - Les Bienveillantes» весь текст электронной книги совершенно бесплатно (целиком полную версию без сокращений). В некоторых случаях можно слушать аудио, скачать через торрент в формате fb2 и присутствует краткое содержание. Жанр: Историческая проза, Современная проза, на французском языке. Описание произведения, (предисловие) а так же отзывы посетителей доступны на портале библиотеки ЛибКат.
- Название:Les Bienveillantes
- Автор:
- Жанр:
- Год:неизвестен
- ISBN:нет данных
- Рейтинг книги:4 / 5. Голосов: 2
-
Избранное:Добавить в избранное
- Отзывы:
-
Ваша оценка:
- 80
- 1
- 2
- 3
- 4
- 5
Les Bienveillantes: краткое содержание, описание и аннотация
Предлагаем к чтению аннотацию, описание, краткое содержание или предисловие (зависит от того, что написал сам автор книги «Les Bienveillantes»). Если вы не нашли необходимую информацию о книге — напишите в комментариях, мы постараемся отыскать её.
Les Bienveillantes — читать онлайн бесплатно полную книгу (весь текст) целиком
Ниже представлен текст книги, разбитый по страницам. Система сохранения места последней прочитанной страницы, позволяет с удобством читать онлайн бесплатно книгу «Les Bienveillantes», без необходимости каждый раз заново искать на чём Вы остановились. Поставьте закладку, и сможете в любой момент перейти на страницу, на которой закончили чтение.
Интервал:
Закладка:
Peu de temps après mon souper avec Ohlendorf, j'avais reçu une invitation du Dr. Mandelbrod à venir passer le week-end dans une propriété de campagne appartenant à l'un des directeurs de l'IG Farben, au nord du Brandebourg. La lettre précisait qu'il s'agissait d'une partie de chasse et d'un dîner informel. Massacrer des volatiles, cela ne me tentait guère, mais je n'étais pas obligé de tirer, je pourrais simplement marcher dans les bois. Le temps était pluvieux: Berlin s'enfonçait dans l'automne, les belles journées d'octobre avaient pris fin, les arbres achevaient de se dénuder; parfois, néanmoins, le temps s'éclaircissait, on pouvait sortir, profiter de l'air déjà frais. Le 18 novembre, à l'heure du dîner, les sirènes se déchaînèrent et la Flak se mit à tonner, pour la première fois depuis la fin août. J'étais au restaurant avec des amis, dont Thomas, nous venions de sortir de notre séance d'escrime, il fallut descendre à la cave, sans même avoir mangé; l'alerte dura deux heures, mais on nous fit servir du vin, et le temps se passa en plaisanteries. Le raid causa des dommages sérieux au centre-ville; les Anglais avaient envoyé plus de quatre cents appareils: ils s'étaient décidés à braver nos nouvelles tactiques. Cela se passait le jeudi soir; le samedi matin, je me fis conduire par Piontek en direction de Prenzlau, jusqu'au village indiqué par Mandelbrod. La maison se situait à quelques kilomètres de là, au fond d'une longue allée bordée de chênes anciens mais dont une bonne partie manquait, décimés par les maladies ou les orages; c'était un ancien manoir, racheté par ce directeur, accoté à une forêt mixte dominée par des pins mélangés de hêtres et d'érables, et entouré d'un beau parc dégagé puis, plus loin, de grands champs vides et boueux. Il avait pleuvassé durant le trajet, mais le ciel, fouetté par un petit vent pinçant du nord, s'était éclairci. Sur le gravier, devant le perron, plusieurs berlines étaient garées côte à côte, et un chauffeur en uniforme lavait la boue des pare-chocs. Je fus accueilli sur les marches par Herr Leland; il avait ce jour-là un air très militaire malgré son veston de tricot en laine brune: le propriétaire était absent, m'expliqua-t-il, mais on leur avait prêté la maison; Mandelbrod n'arriverait que le soir, après la partie de chasse. Sur son conseil, je renvoyai Piontek à Berlin: les invités rentreraient ensemble, il y aurait certainement de la place dans une des voitures. Une servante en uniforme noir, avec un tablier en dentelle, me montra ma chambre. Un feu ronronnait dans la cheminée; dehors, il avait doucement recommencé à pleuvoir. Comme l'avait suggéré l'invitation, je ne portais pas mon uniforme mais une tenue de campagne, une culotte en laine avec des bottes et une veste autrichienne sans col, aux boutons en os, faite pour résister à la pluie; pour la soirée, j'avais apporté un costume d'intérieur que je dépliai, brossai, et rangeai dans la penderie avant de descendre. Au salon, plusieurs invités buvaient du thé ou discutaient avec Leland; Speer, assis devant une croisée, me reconnut tout de suite et se leva avec un sourire amical pour venir me serrer la main. «Sturmbannführer, quel plaisir de vous revoir. Herr Leland m'avait dit que vous viendriez. Venez, je vais vous présenter ma femme». Margret Speer était assise près de la cheminée avec une autre femme, une certaine Frau von Wrede, l'épouse d'un général qui allait nous rejoindre; arrivé devant elles, je claquai des talons et lançai un salut allemand que Frau von Wrede me rendit; Frau Speer, elle, ne fît que me tendre une petite main gantée, élégante: «Enchantée, Sturmbannführer. J'ai entendu parler de vous: mon mari me dit que vous lui êtes d'un grand secours, à la S S». – «Je fais mon possible, meine Dame». C'était une femme mince, blonde, d'une beauté très nordique, avec une forte mâchoire carrée et des yeux d'un bleu très clair sous des sourcils blonds; mais elle paraissait fatiguée et cela donnait une teinte un peu jaune à sa peau. On me servit du thé et je bavardai un peu avec elle tandis que son mari rejoignait Leland. «Vos enfants ne sont pas venus?» demandai-je poliment. – «Oh! Si je les avais amenés, ce ne serait pas un congé. Ils sont restés à Berlin. J'ai déjà tellement de mal à arracher Albert à son ministère, pour une fois qu'il accepte, je ne veux pas qu'il soit dérangé. Il a tant besoin de repos». La conversation tourna sur Stalingrad, car Frau Speer savait que j'en étais revenu; Frau von Wrede, elle, y avait laissé un cousin, un Generalmajor qui commandait une division et se trouvait sans doute aux mains des Russes: «Ça devait être terrible!» Oui, confirmai-je, cela avait été terrible; je n'ajoutai pas, par courtoisie, que néanmoins cela l'avait sans doute moins été pour un général de division que pour un homme de troupe comme le frère de Speer, qui, si par miracle il vivait encore, ne devait pas bénéficier du traitement préférentiel que les bolcheviques, fort peu égalitaires en cela, accordaient d'après nos renseignements aux officiers supérieurs. «Albert a été très affecté par la perte de son frère, dit rêveusement Margret Speer. Il ne le montre pas, mais je le sais. Il a donné son nom à notre dernier-né». Petit à petit, on me présenta aux autres convives: des industriels, des officiers supérieurs de la Wehrmacht ou de la Luftwaffe, un collègue de Speer, d'autres hauts fonctionnaires. J'étais le seul membre de la S S et aussi le plus subalterne de l'assemblée; mais personne ne semblait y faire attention, et Herr Leland me présentait comme le «Dr. Aue», ajoutant parfois que je remplissais «des fonctions importantes auprès du Reichsführer-SS»; ainsi, l'on me traitait tout à fait cordialement, et ma nervosité, assez forte au début, diminuait peu à peu. Vers midi, on nous servit des Sandwiches, du pâté de foie et de la bière. «Une collation légère, déclara Leland, pour ne pas vous fatiguer». La chasse commençait après; on nous versa du café, puis chacun reçut une gibecière, du chocolat suisse et une flasque de brandy. Il avait cessé de pleuvoir, une faible lueur semblait vouloir percer la grisaille; d'après un général qui disait s'y connaître, c'était un temps parfait. Nous allions chasser le grand tétras, privilège apparemment fort rare en Allemagne.
«Cette maison a été rachetée après la guerre par un Juif, expliquait Leland à ses hôtes. Il voulait se donner des airs de grand seigneur et il a fait venir des tétras de Suède. Le bois convenait très bien et le propriétaire actuel limite sévèrement les chasses». Je n'y connaissais rien, et n'avais aucune intention de m'initier; par politesse, je m'étais toutefois décidé à accompagner les chasseurs plutôt que de partir seul de mon côté. Leland nous réunit sur le perron et des serviteurs nous distribuèrent fusils, munitions, et chiens. Le grand tétras se chassant seul ou à deux, nous serions répartis en petits groupes; pour éviter les accidents, chacun se verrait assigner un secteur de la forêt, et ne devait pas en dévier; en outre, les départs seraient échelonnés. Le général amateur partit en premier, seul avec un chien, puis après lui quelques paires d'hommes. Margret Speer, à ma surprise, s'était jointe au groupe et avait aussi pris un fusil; elle se mit en chemin avec le collègue de son mari, Hettlage. Leland se tourna vers moi: «Max, si tu accompagnais le Reichsminister? Prenez par là. Moi, j'irai avec Herr Ströhlein». J'écartai les mains:
«Comme vous le souhaitez». Speer, son fusil déjà sous le bras, me sourit: «Bonne idée! Venez». Nous prîmes par le parc en direction du bois. Speer portait une veste bavaroise en cuir, à revers arrondis, et un chapeau; j'avais aussi emprunté de quoi me couvrir. À l'orée du bois, Speer chargea son arme, un fusil à double canon. Je gardai le mien à l'épaule, déchargé. Le chien qu'on nous avait confié frétillait, posté à la lisière du bois, la langue pendante, braqué. «Vous avez déjà chassé le grand tétras?» me demanda Speer – «Jamais, Herr Reichsminister. En fait, je ne chasse pas. Si cela ne vous dérange pas, je ne ferai que vous accompagner». Il eut un air étonné: «Comme vous le souhaitez». Il indiqua la forêt: «Si j'ai bien compris, nous devons marcher un kilomètre jusqu'à un ruisseau et le traverser. Tout ce qui se trouve au-delà, jusqu'au bord de la forêt, est à nous. Herr Leland restera de ce côté-ci». Il s'engagea dans le sous-bois. C'était assez touffu, il fallait contourner des buissons, impossible de marcher droit; les gouttes d'eau coulaient des feuilles et venaient s'écraser sur nos chapeaux ou nos mains; au sol, les feuilles mortes, trempées, exhalaient une forte odeur de terre et d'humus, très belle, riche et vivifiante, mais qui me rappelait des souvenirs malheureux. Une bouffée d'amertume m'envahit: Voilà ce qu'ils ont fait de moi, me disais-je, un homme qui ne peut voir une forêt sans songer à une fosse commune. Une branche morte se brisa sous ma botte. «C'est surprenant que vous n'aimiez pas la chasse», commenta Speer. Tout à mes pensées, je répondis sans réfléchir: «Je n'aime pas tuer, Herr Reichsminister». Il me jeta un regard curieux et je précisai: «Il est parfois nécessaire de tuer par devoir, Herr Reichsminister. Tuer pour le plaisir, c'est un choix». Il sourit: «Moi, grâce à Dieu, je n'ai jamais tué que pour le plaisir. Je n'ai pas connu la guerre». Nous marchâmes encore un peu en silence, parmi les craquements de branches et les bruits d'eau, doux et discrets. «Que faisiez-vous en Russie, Sturmbannführer? demanda Speer. Vous serviez dans la Waffen-SS?» – «Non, Herr Reichsminister. J'étais avec le SD. Pour les fonctions de sécurité». – «Je vois». Il hésita. Puis il dit d'une voix posée, détachée: «On entend beaucoup de rumeurs sur le sort des Juifs, à l'Est. Vous devez en savoir quelque chose?» – «Je connais les rumeurs, Herr Reichsminister. Le SD les recueille et j'ai lu des rapports. Elles ont toutes sortes de provenances». – «Vous devez bien avoir une idée de la vérité, avec votre position». Curieusement, il ne faisait aucune allusion au discours de Posen du Reichsführer (j'étais alors convaincu qu'il y avait assisté, mais peut-être était-il en effet parti avant). Je répondis avec courtoisie: «Herr Reichsminister, pour toute une partie de mes fonctions, je suis astreint au secret. Je pense que vous pouvez le comprendre. Si vous souhaitez vraiment des précisions, puis-je vous suggérer de vous adresser au Reichsführer ou au Standartenführer Brandt? Je suis certain qu'ils seront heureux de vous faire parvenir un rapport détaillé». Nous étions arrivés au ruisseau: le chien, heureux, gambadait dans l'eau peu profonde. «C'est ici», dit Speer. Il désigna une zone, un peu plus loin: «Vous voyez, là, dans le creux, la forêt change. Il y a des résineux et moins d'aulnes, et des arbrisseaux à baies. C'est le meilleur endroit pour débusquer des tétras. Si vous ne tirez pas, restez derrière moi». Nous traversâmes le ruisseau à grandes enjambées; au-dessus du creux, Speer referma son fusil, qu'il portait ouvert sous le bras, et l'épaula. Puis il se mit à avancer, aux aguets. Le chien restait près de lui, la queue dressée. Après quelques minutes j'entendis un grand bruit et vis une large forme brune filer entre les arbres; au même moment, Speer tira, mais il dut rater son coup car à travers l'écho j'entendais encore le bruit des ailes. Une épaisse fumée et l'odeur acre de la cordite emplirent le sous-bois. Speer n'avait pas baissé son fusil; mais tout était silencieux maintenant. De nouveau, il y eut ce grand bruit d'ailes parmi les branches humides, mais Speer ne tira pas; je n'avais rien vu non plus. Le troisième oiseau décolla juste sous notre nez, je l'aperçus très clairement, il avait les ailes assez épaisses, un cou avec des plumes bouffantes, et virait entre les arbres avec une agilité étonnante pour sa masse, accélérant en tournant; Speer tira, mais l'oiseau était trop rapide, il n'avait pas eu le temps de traverser et le coup se perdit. Il ouvrit son fusil, éjecta les douilles, souffla pour chasser la fumée, et tira deux cartouches de la poche de sa veste. «Le tétras est très difficile à chasser, commenta-t-il. C'est bien pour ça que c'est intéressant. Il faut bien choisir son arme. Celle-ci est équilibrée, mais un peu trop longue à mon goût». Il me regarda en souriant: «Au printemps, c'est très beau, durant la saison des amours. Les coqs claquent du bec, ils se rassemblent dans des clairières pour parader et chanter, ils étalent leurs couleurs. Les femelles sont très ternes, comme c'est souvent le cas». Il acheva de charger son fusil puis épaula avant de repartir. Dans les endroits touffus, il se frayait un chemin entre les branches avec le canon du fusil, sans jamais le baisser. Lorsqu'il délogea un autre oiseau, il tira tout de suite, un peu devant lui; j'entendis l'oiseau s'abattre et en même temps le chien bondir et disparaître dans les broussailles. Il réapparut quelques instants après, l'oiseau dans la gueule, tête pendante. Il le déposa aux pieds de Speer qui le rangea dans sa gibecière. Un peu plus loin, nous débouchâmes sur une ouverture dans le bois, couverte de touffes d'herbe jaunissantes et qui donnait sur les champs. Speer sortit sa tablette de chocolat: «Vous en voulez?» – «Non, merci. Cela vous dérange si je prends le temps de fumer une cigarette?» – «Pas du tout. C'est un bon endroit pour se reposer». Il ouvrit son fusil, le posa, et s'assit au pied d'un arbre, grignotant son chocolat. Je bus une lampée de brandy, lui tendis la flasque, et allumai une cigarette. L'herbe, sous mes fesses, mouillait mon pantalon, mais cela m'était égal: chapeau sur les genoux, je reposai ma tête contre l'écorce rugueuse du pin auquel j'étais adossé et contemplai la tranquille étendue d'herbe et les bois silencieux. «Vous savez, dit Speer, je comprends tout à fait les impératifs de la sécurité. Mais, de plus en plus, ils se trouvent en conflit avec les besoins de l'industrie de guerre. Trop de travailleurs potentiels ne sont pas déployés». J'exhalai la fumée avant de répondre: «C'est possible, Herr Reichsminister. Mais dans cette situation, avec nos difficultés, je pense que les conflits de priorité sont inévitables». – «Il faut pourtant bien les résoudre». – «Certes. Mais en définitive, Herr Reichsminister, c'est au Führer de trancher, n'est-ce pas? Le Reichsführer ne fait qu'obéir à ses directives». Il croqua encore dans sa barre de chocolat: «Vous ne pensez pas que la priorité, pour le Führer comme pour nous, est de gagner la guerre?» – «Certainement, Herr Reichsminister». – «Alors pourquoi nous priver de ressources précieuses? Toutes les semaines, la Wehrmacht vient se plaindre à moi qu'on leur ôte des travailleurs juifs. Et ils ne sont pas redéployés ailleurs, sinon je le saurais. C'est grotesque! En Allemagne, la question juive est résolue, et ailleurs, quelle importance pour le moment? Gagnons d'abord la guerre; après, il sera toujours temps de résoudre les autres problèmes». Je choisis mes mots avec soin: «Peut-être, Herr Reichsminister, que certains se disent que si la guerre tarde tant à être gagnée, certains problèmes doivent être résolus tout de suite»… Il tourna la tête vers moi et me fixa de ses yeux aigus: «Vous croyez?» – «Je ne sais pas. C'est une possibilité. Puis-je vous demander ce qu'en dit le Führer lorsque vous lui en parlez?» Il mâchonna sa langue d'un air pensif: «Le Führer ne parle jamais de ces choses-là. Avec moi du moins». Il se releva et brossa son pantalon. «On continue?» Je jetai ma cigarette, pris encore un peu de brandy et rangeai la flasque: «Par où?» -»C'est une bonne question. J'ai peur, si on passe de l'autre côté, de tomber sur un de nos amis». Il regarda vers le fond de l'ouverture, à droite: «Si on prend par là, on devrait retomber sur le ruisseau. Ensuite on pourra retourner en arrière». Nous nous remîmes en marche, longeant la lisière du bois; le chien nous suivait à quelques coudées d'écart, dans l'herbe mouillée du pré. «Au fait, dit Speer, je ne vous ai pas encore remercié pour vos interventions. Je les apprécie beaucoup». – «C'est un plaisir, Herr Reichsminister. J'espère que c'est utile. Est-ce que vous êtes satisfait de votre nouvelle coopération avec le Reichsführer?» – «À vrai dire, Sturmbannführer, je m'attendais à plus de sa part. Je lui ai déjà envoyé plusieurs rapports sur des Gauleiter qui refusent de fermer des entreprises inutiles en faveur de la production de guerre. Mais d'après ce que je vois, le Reichsführer se contente de faire suivre ces rapports au Reichsleiter Bormann. Et Bormann bien sûr donne toujours raison aux Gauleiter. Le Reichsführer semble accepter cela assez passivement». Nous étions arrivés au fond de la clairière et entrions dans le bois. Il se remit à pleuvoir, une pluie fine, légère, qui imbibait nos vêtements. Speer s'était tu et marchait fusil levé, concentré sur les broussailles devant lui. Nous avançâmes ainsi pendant une demi-heure, jusqu'au ruisseau, puis rebroussâmes chemin en diagonale, avant de retourner encore vers le ruisseau. De temps à autre, plus loin, j'entendais un coup de feu isolé, un son mat dans la pluie. Speer tira encore quatre fois et abattit un tétras noir qui avait un très beau collier de plumes aux reflets métalliques. Trempés jusqu'aux os, nous repassâmes le ruisseau en direction de la maison. Un peu avant le parc, Speer s'adressa de nouveau à moi: «Sturmbannführer, j'ai une requête. Le Brigadeführer Kammler est en train de faire construire une installation souterraine, dans le Harz, pour la production de fusées. Je voudrais visiter ces installations, voir où en sont les travaux. Pourriez-vous m'arranger ça?» Pris de court, je répondis: «Je ne sais pas, Herr Reichsminister. Je n'en ai pas entendu parler. Mais je ferai la demande». Il rit: «Il y a quelques mois, l'Obergruppenführer Pohl m'a envoyé une lettre pour se plaindre que je n'avais visité qu'un seul camp de concentration et que j'avais formé mon opinion sur l'exploitation du travail des détenus avec trop peu d'informations. Je vous en enverrai une copie. Si on vous fait des difficultés, vous n'aurez qu'à montrer ça».
Читать дальшеИнтервал:
Закладка:
Похожие книги на «Les Bienveillantes»
Представляем Вашему вниманию похожие книги на «Les Bienveillantes» списком для выбора. Мы отобрали схожую по названию и смыслу литературу в надежде предоставить читателям больше вариантов отыскать новые, интересные, ещё непрочитанные произведения.
Обсуждение, отзывы о книге «Les Bienveillantes» и просто собственные мнения читателей. Оставьте ваши комментарии, напишите, что Вы думаете о произведении, его смысле или главных героях. Укажите что конкретно понравилось, а что нет, и почему Вы так считаете.