Le jour après leur conversation tendue concernant le bonheur, Mackenzie se trouvait assise à son bureau, à faire des recherches sur l’un des hommes qu’elle surveillait pour trafic sexuel. Il ne faisait pas partie d’un réseau à proprement parler, mais il était plus que probable qu’il soit impliqué dans une sorte d’organisation liée à la prostitution. Il lui semblait difficile de croire qu’elle était qualifiée pour porter une arme, traquer des meurtriers et sauver des vies. Elle commençait à avoir l’impression d’être une employée plastique, quelqu’un qui n’avait pas de réelle utilité.
Frustrée, elle se leva pour aller chercher un café. Elle n’avait jamais été du genre à souhaiter du mal à quelqu’un, mais elle commençait à se demander si les choses allaient vraiment aussi bien dans ce pays pour qu’on n’ait besoin de ses services nulle part.
Au moment où elle se dirigea vers le petit vestibule qui abritait les machines à café, elle vit Ellington qui s’emparait d’une tasse. Il la vit venir vers lui et attendit qu’elle arrive, bien qu’elle devine par son attitude qu’il avait l’air pressé.
« J’espère que ta journée est plus passionnante que la mienne, » dit Mackenzie.
« On va voir, » dit-il. « Pose-moi à nouveau la question dans une demi-heure. McGrath vient juste de me convoquer dans son bureau. »
« Pourquoi ? » demanda Mackenzie.
« Aucune idée. Il ne t’a pas appelée ? »
« Non, » dit-elle, en se demandant ce qui pouvait bien se passer. Bien qu’ils n’aient pas eu de conversation directe à ce sujet avec McGrath depuis l’enquête au Nebraska, elle avait tout simplement supposé qu’elle et Ellington continueraient à être partenaires. Elle se demanda si le département avait peut-être fini par prendre la décision de les séparer du fait de leur relation sentimentale. Si c’était le cas, elle comprenait la décision bien qu’elle ne l’apprécie pas forcément.
« Je commence à en avoir marre d’être clouée à mon bureau, » dit-elle, en se versant une tasse de café. « Tu peux me rendre service et voir si tu peux me faire bosser sur ce qu’il va t’assigner ? »
« Avec plaisir, » dit-il. « Je te tiens informée. »
Elle retourna à son bureau en se demandant si cette petite interruption dans le quotidien pourrait être ce qu’elle attendait – la fissure qui permettrait d’ébranler cette routine qu’elle ressentait comme un poids. Il était très rare que McGrath ne convoque que l’un d’entre eux à son bureau – enfin, pas récemment, en tout cas. Elle se demanda du coup si elle n’était pas mise en examen sans le savoir. Est-ce que McGrath cherchait à creuser plus profondément concernant l’enquête au Nebraska pour s’assurer qu’elle ait tout fait dans les règles ? Si c’était le cas, alors il se pourrait qu’elle ait quelques ennuis car elle n’avait définitivement pas suivi toutes les règles dans cette enquête.
S’interroger sur les raisons de cette réunion entre Ellington et McGrath était la chose la plus intéressante qui lui soit arrivée depuis au moins une semaine et c’était bien triste. C’était ce qui lui occupait l’esprit au moment où elle se rassit devant son ordinateur, en ayant de nouveau l’impression de n’être rien de plus qu’un rouage dans la machine.
***
Elle entendit des bruits de pas quinze minutes plus tard. Ça n’avait rien d’étonnant ; elle travaillait avec la porte de son bureau ouverte et elle voyait des gens circuler dans le couloir toute la journée. Mais là, c’était différent. On aurait dit le bruit de pas de plusieurs personnes marchant à l’unisson. Il y avait également une sorte de silence bizarre – une tension feutrée semblable à l’atmosphère juste avant un violent orage d’été.
Curieuse, Mackenzie leva les yeux de son ordinateur. Les bruits de pas se rapprochèrent et elle vit Ellington. Il lui jeta un rapide coup d’œil à travers la porte. Son visage reflétait une émotion qu’elle ne parvint pas à identifier. Il portait une caisse et deux agents de sécurité le suivaient de très près.
Mais c’est quoi, cette histoire ?
Mackenzie se leva précipitamment de son bureau et courut dans le couloir. Au moment où elle passa le coin, elle vit Ellington et les deux agents de sécurité entrer dans l’ascenseur. Les portes se refermèrent et Mackenzie eut à peine le temps d’apercevoir à nouveau cette expression tendue sur le visage d’Ellington.
Il a été viré, pensa-t-elle. L’idée lui semblait absolument ridicule, mais ça avait tout l’air d’être le cas.
Elle courut vers la cage d’escalier, en ouvrit précipitamment la porte et se rua dans les escaliers. Elle les descendit quatre par quatre, en espérant arriver en bas avant Ellington et les agents de sécurité. Elle descendit les trois étages en courant et sortit sur le côté de l’édifice, juste à côte du garage.
Elle passa la porte au moment même où Ellington et les agents de sécurité sortaient de l’édifice. Mackenzie traversa la pelouse en courant pour les intercepter. Les agents eurent l’air nerveux quand ils la virent arriver. L’un d’entre eux s’arrêta un instant et lui fit face, comme si elle représentait une sorte de menace.
« Qu’est-ce qu’il se passe ? » demanda-t-elle, en regardant Ellington par-dessus l’épaule de l’agent de sécurité.
Il secoua la tête. « Pas maintenant, » dit-il. « Juste… Laisse tomber pour l’instant. »
« Qu’est-ce qu’il se passe ? » demanda-t-elle. « Les agents de sécurité… la caisse… est-ce qu’on t’a viré ? Qu’est-ce qu’il s’est passé ? »
Il secoua à nouveau la tête. Il n’y avait rien de méchant ni de dédaigneux dans son geste. Elle comprit que c’était tout ce qu’il pouvait faire pour l’instant. Peut-être qu’il s’était effectivement passé quelque chose dont il ne pouvait pas parler. Et Ellington, toujours loyal, n’allait rien dire si on lui avait demandé de rester silencieux.
Elle eut horreur de le faire, mais elle décida d’en rester là et de ne plus lui poser de questions. Si elle voulait des réponses, il n’y avait qu’un seul endroit où elle allait les obtenir. Avec cette idée en tête, elle rentra précipitamment dans le bâtiment. Cette fois-ci, elle prit l’ascenseur pour retourner au troisième étage. Elle ne perdit pas une seconde et traversa le couloir d’un pas décidé, en direction du bureau de McGrath.
Elle ne prit même pas la peine de parler à sa secrétaire au moment où elle se dirigea vers sa porte. Elle entendit la femme l’appeler par son nom, en essayant de l’arrêter, mais Mackenzie entra. Sans même frapper à la porte, elle fit irruption dans le bureau.
McGrath était assis à son bureau et il n’eut pas l’air surpris de la voir. Il se tourna vers elle et le calme qui se peignait sur son visage énerva Mackenzie au plus haut point.
« Restez calme, agent White, » dit-il.
« Qu’est-ce qu’il s’est passé ? » demanda-t-elle. « Pourquoi est-ce que je viens juste de voir Ellington être escorté en-dehors des bureaux avec une caisse contenant ses effets personnels ? »
« Parce qu’il a été relevé de ses fonctions. »
La simplicité de cette affirmation ne la rendit pas plus facile à entendre. Mackenzie continuait à être convaincue qu’il devait y avoir une erreur quelque part. Ou que tout ça faisait partie d’une vaste blague.
« Pour quelle raison ? »
Elle vit alors quelque chose qu’elle n’avait jamais vu auparavant : McGrath détournant le regard, visiblement mal à l’aise. « C’est une question personnelle, » dit-il. « Je comprends la relation qu’il y a entre vous, mais légalement, je ne peux pas divulguer cette information dû à la nature de la situation. »
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