« Super, » grommela Harry.
Quelques personnes commençaient à pénétrer dans la pièce alors que se terminait la simulation de la ruelle Hogan. C’était la troisième fois que Mackenzie s’entraînait dans cette ruelle, une maquette d’une rue délabrée que le FBI utilisait souvent pour entraîner ses apprentis agents et les préparer à des situations réelles.
Alors que deux instructeurs se tenaient près d’Harry pour lui faire part des erreurs qu’il avait commises et de comment il aurait pu éviter de se faire tirer dessus, un autre instructeur se dirigea directement vers Mackenzie. Il s’appelait Simon Lee, un homme plus âgé auquel la vie ne paraissait pas avoir fait de cadeau et qui avait l’air de lui avoir rendu la pareille.
« Du très bon travail, agent White, » dit-il. « Cette roulade était tellement rapide que je l’ai à peine vue. Mais tout de même… c’était un peu téméraire. S’il y avait eu plus d’un suspect, le résultat aurait pu être totalement différent. »
« Oui, monsieur. Je comprends. »
Lee lui sourit. « Je suis sûr que tu comprends, » dit-il. « Il faut que je te dise qu’à seulement la moitié de ton programme d’entraînement, je suis déjà ravi par tes progrès. Tu feras un excellent agent. Beau boulot. »
« Merci, monsieur, » dit-elle.
Lee prit congé et s’éloigna. Il entama une conversation avec un autre instructeur présent dans l’édifice. Alors que le bâtiment commençait à se vider, Harry s’approcha d’elle, en faisant encore un peu la grimace.
« Beau boulot, » dit-il. « C’est beaucoup moins douloureux quand celle qui sort vainqueur est exceptionnellement jolie. »
Elle leva les yeux au ciel et rengaina son Glock. « La flatterie est inutile, » dit-elle, « Tu sais ce qu’on dit, la flatterie ne mène nulle part. »
« Je sais, » dit Harry. « Mais ça vaut peut-être bien un verre ? »
Elle lui décocha un large sourire. « Si tu l’offres. »
« Oui, c’est ma tournée, » acquiesça-t-il. « Je ne voudrais pas que tu me bottes les fesses. »
Ils sortirent de l’édifice et marchèrent sous la pluie. Maintenant que l’exercice était terminé, la pluie était presqu’agréable. Et avec les nombreux instructeurs et agents parcourant le terrain pour terminer la soirée, elle se sentit enfin fière d’elle.
Ça faisait onze semaines qu’elle avait été admise et elle avait déjà terminé la majorité des cours théoriques de l’académie. Elle y était presque… à seulement neuf semaines avant la fin du programme et la possibilité de devenir agent de terrain pour le FBI.
Elle se demanda soudain pourquoi elle avait attendu aussi longtemps pour quitter le Nebraska. Quand Ellington l’avait recommandée à l’académie, ça avait été une opportunité en or, le coup de pouce dont elle avait besoin pour tester ses capacités, pour se détacher de ce qui était confortable et rassurant. Elle s’était débarrassée de son boulot, de son petit ami, de son appartement… et elle avait commencé une nouvelle vie.
Elle pensa aux grandes étendues de terrain, aux champs de maïs et au ciel bleu qu’elle avait laissés derrière elle. Bien qu’ils possèdent leur propre beauté, ils avaient également été, d’une certaine manière, une prison pour elle.
Tout ça était derrière elle maintenant.
Maintenant qu’elle était libre, il n’y avait rien qui puisse la retenir.
*
Le reste de sa journée fut rempli d’exercices physiques : des pompes, des sprints, des abdos, encore des sprints et des haltères. Durant ses premiers jours à l’académie, elle avait détesté ce type d’entraînement. Mais au fur et à mesure que son corps et son esprit s’y étaient habitués, elle avait l’impression que son corps commençait à les réclamer.
Tout l’entraînement s’effectua avec rapidité et précision. Elle effectua cinquante pompes si vite qu’elle ne se rendit compte de la brûlure dans ses épaules qu’après les avoir terminées et au moment de se diriger vers la course d’obstacles. Pour toutes les activités physiques, elle partait avec un état d’esprit où elle considérait ne pas atteindre ses limites jusqu’à ce que ses bras et ses jambes se mettent à trembler ou que ses abdos ressemblent à des plaques d’acier.
Ils étaient soixante stagiaires dans son unité et il n’y avait que neuf femmes. Ça ne la dérangeait pas, probablement car son expérience au Nebraska l’avait endurcie au point qu’elle ne se préoccupait plus vraiment du sexe des gens avec qui elle travaillait. Elle se tenait tranquille et travaillait au maximum de ses capacités qui, et elle n’en était pas peu fière, étaient assez exceptionnelles.
Quand l’instructeur annonça la fin de l’entraînement après son dernier parcours – une course de trois kilomètres à travers bois et sentiers boueux – les stagiaires s’éparpillèrent, allant chacun de leur côté. Mackenzie, par contre, s’assit sur l’un des bancs le long du circuit et étira ses jambes. N’ayant pas grand-chose d’autre à faire durant la journée et encore sous le coup de son épisode victorieux dans la ruelle Hogan, elle envisageait de faire un dernier jogging.
Bien qu’elle déteste l’admettre, elle était devenue l’une de ces personnes qui adorait courir. Elle n’envisageait pas non plus de s’inscrire à un marathon de sitôt, mais elle avait appris à apprécier l’exercice. En dehors des tours de pistes et des circuits qui faisaient partie intégrante de son entraînement, elle trouvait encore l’occasion d’aller faire des joggings le long des sentiers boisés du campus, situé à neuf kilomètres des bureaux du FBI et, par conséquent, à environ treize kilomètres de son nouvel appartement à Quantico.
Son débardeur de sport trempé de sueur et les joues en feu, elle termina sa journée avec un dernier sprint autour de la course d’obstacles, en omettant les collines, les troncs d’arbre et les filets. Pendant qu’elle courait, elle remarqua que deux hommes la regardaient – pas comme dans une sorte de rêve lubrique éveillé mais avec une certaine admiration qui l’encouragea à continuer.
En fait, pour dire vrai, quelques regards lubriques de temps à autre ne l’auraient pas dérangée. Ce corps d’athlète qu’elle s’était forgé à force de travail intense méritait d’être apprécié. Ça faisait bizarre de se sentir autant à l’aise dans son propre corps, mais elle commençait à aimer cette sensation. Elle savait qu’Harry Dougan l’appréciait aussi. Mais pour l’instant, il n’avait encore rien dit. Et même s’il finissait par dire quelque chose, Mackenzie n’était pas vraiment sûre de ce qu’elle dirait en retour.
Lorsqu’elle eut terminé son dernier jogging (environ trois kilomètres), elle se doucha dans les vestiaires et attrapa un paquet de crackers dans le distributeur en sortant. Elle avait le reste de la journée devant elle ; quatre heures pour faire ce qu’elle avait envie avant de faire un dernier entraînement sur le tapis roulant de la salle de fitness – une routine qu’elle avait fini par adopter histoire d’avoir une longueur d’avance sur tous les autres.
Elle se demanda ce qu’elle allait faire du reste de la journée. Peut-être qu’elle pourrait enfin terminer de déballer ses affaires. Il y avait encore six caisses dans son appartement qu’elle n’avait pas encore ouvertes. Ce serait une bonne chose de faite. Mais elle se demanda aussi ce qu’Harry allait faire ce soir et si la proposition d’aller boire un verre tenait toujours. Est-ce qu’il avait voulu dire ce soir, ou un autre soir ?
Et, au-delà de ça, elle se demanda ce que l’agent Ellington faisait.
Elle n’avait rencontré Ellington que quelques fois et ça s’était toujours bien passé – et c’était pour le mieux, du point de vue de Mackenzie. Elle n’aurait aucun problème à passer le reste de sa vie sans jamais devoir se rappeler le moment de gêne qu’ils avaient eu au Nebraska.
Читать дальше