- Je pensais que nous ne considérions pas qu’il y avait un lien direct, remarqua Mackenzie.
- Pas officiellement, non, trancha McGrath. (Et alors, comme s’il était incapable de s’en empêcher, il lui adressa un sourire suffisant puis se tourna vers Ellington). Vous allez vivre sous ce regard acéré le reste de votre vie ?
- Oh ouais, dit Ellington. Et je m’en réjouis d’avance.
***
Ils avaient déjà parcouru la moitié du trajet jusqu’à son appartement lorsqu’Ellington daigna appeler sa mère. Il lui expliqua qu’on les envoyait sur le terrain et lui demanda si elle voulait les revoir lorsqu’ils seraient de retour. Mackenzie tendit l’oreille mais fut à peine capable d’entendre la réponse de sa mère. Elle fit allusion aux périls qu’encouraient les couples travaillant et vivant ensemble. Ellington l’interrompit avant qu’elle ait l’occasion de développer.
Lorsqu’il raccrocha, Ellington posa son téléphone sur le tableau de bord et soupira.
- Au fait, ma mère te transmet ses salutations.
- Je n’en doute pas.
- Mais ce qu’elle a dit à propos des couples mariés travaillant ensemble… es-tu prête pour ça ?
- Tu as entendu McGrath, répondit-elle. Ça ne se reproduira pas après notre mariage.
- Je sais. Mais tout de même. Nous serons dans le même bâtiment, nous entendrons parler des affaires sur lesquelles nous travaillons. Il y a des jours où je pense que ce sera génial… et d’autres où je me demande à quel point ce sera étrange.
- Pourquoi ? As-tu peur que je finisse par te porter ombrage ?
- Oh, tu viens de le faire, lança-t-il en souriant. Tu refuses juste de le reconnaître.
Alors qu’ils rentraient en vitesse chez eux et s’empressaient de préparer leurs affaires, la réalité de leur situation la frappa pour la première fois. Ce serait la dernière enquête à l’occasion de laquelle Ellington et elle collaboreraient. Elle était certaine qu’ils repenseraient à leurs affaires ensemble avec attendrissement au fil du temps, comme une sorte de plaisanterie d’initiés. Mais pour l’instant, avec la perspective du mariage chaque jour plus proche, et les deux corps qui les attendaient de l’autre côté du pays, cela semblait intimidant – comme la fin de quelque chose de spécial.
Je suppose que nous devrons juste finir en beauté, pensa-t-elle en préparant son sac. Elle jeta un coup d’œil à Ellington, également en train de boucler sa valise pour le voyage, et sourit. Bien sûr, ils étaient sur le point de se lancer dans une enquête potentiellement dangereuse et des vies seraient probablement en jeu, mais elle était impatiente de prendre la route avec lui une fois de plus… peut-être, une dernière fois.
Ils arrivèrent à Seattle avec deux scènes de crime à visiter : l’emplacement de la première victime, découverte huit jours plus tôt et celui de la deuxième victime, découverte la veille. Mackenzie n’avait jamais visité Seattle, elle fut donc presque déçue de voir que l’un des stéréotypes de la ville semblait fondé : une pluie fine tombait lorsqu’ils atterrirent à l’aéroport. La pluie continua jusqu’à ce qu’ils récupèrent leur voiture de location et se transforma en averse lorsqu’ils se dirigèrent vers Seattle Storage Solution, où se trouvait le corps trouvé le plus récemment.
Lorsqu’ils arrivèrent, un homme d’âge moyen les attendait dans son pick-up. Il en sortit, ouvrit un parapluie et les salua au niveau de leur voiture. Il leur tendit un autre parapluie, à moitié cassé.
- Les gens qui n’habitent pas en ville ne pensent jamais à en apporter un, expliqua-t-il lorsqu’Ellington le saisit.
Ce dernier l’ouvrit et, aussi galant qu’à l’ordinaire, s’assura que Mackenzie était complètement protégée de la pluie.
- Merci, lança Ellington.
- Quinn Tuck, se présenta l’homme en lui tendant la main.
- Agent Mackenzie White, répondit Mackenzie en serrant la main qu’on lui offrait.
Ellington l’imita, se présentant également.
- Allons-y, proposa Quinn. Il n’y a aucune raison de retarder le moment. Je préfèrerais être chez moi, si ça ne vous fait rien. Le corps n’est plus là, dieu merci, mais le box me donne toujours envie de dégobiller.
- Est-ce la première fois que vous êtes confronté à un pareil événement ? demanda Mackenzie.
- C’est le premier événement aussi terrible, oui. J’ai déjà trouvé une fois un raton-laveur mort dans un box. Et cette autre fois, des guêpes ont réussi à se faufiler dans un autre, pour construire leur essaim avant d’attaquer le locataire. Mais ouais… rien d’aussi terrible jusque là.
Quinn les mena jusqu’à un mini-entrepôt doté d’une porte semblable à celle d’un garage surmonté d’un 35 noir. La porte était ouverte et un policier s’affairait au fond du box. Un stylo et un calepin à la main, il prenait des notes lorsque Mackenzie et Ellington entrèrent à l’intérieur.
Le policier se tourna vers eux et leur sourit :
- Vous travaillez pour le Bureau, tous les deux ? demanda-t-il.
- En effet, répondit Ellington.
- Ravi de faire votre connaissance. Je suis l’adjoint Paul Rising. J’imaginais vous trouver quand vous arriveriez. Je prends des notes sur tous les objets stockés ici, à la recherche d’un quelconque indice. Parce que jusque là, il n’y en a pas la moindre trace.
- Étiez-vous présent lorsque le corps a été emporté ?
- Malheureusement. C’était assez horrible. Une jeune femme appelée Claire Locke, de vingt-cinq ans. Elle était morte depuis au moins une semaine. On ne peut pas dire avec certitude si elle est morte d’inanition ou si elle s’est vidée de son sang.
Mackenzie observa minutieusement l’intérieur du box. Au fond, il y avait des caisses, des cartons de lait, et quelques vieilles malles – les objets typiques qu’on laisse dans un centre d’entreposage personnel. Mais la trace de sang sur le sol le distinguait des autres boxes, bien entendu. Elle n’était pas très grande, mais elle supposait que cela pouvait représenter une perte de sang suffisante pour causer la mort. C’était peut-être son imagination, mais elle était à peu près sûre de sentir l’odeur nauséabonde qui subsistait, même après le retrait du cadavre.
Tandis que l’adjoint Rising se remettait à fouiller dans les cartons et les caisses du fond, Mackenzie et Ellington commencèrent à passer le reste du local au peigne fin. Si Mackenzie en croyait son instinct, la tache de sang sur le sol portait à croire que quelque chose valait la peine d’être découvert. Tout en cherchant des indices du regard, elle écoutait Ellington interroger Rising sur les détails de l’affaire.
- La victime était-elle attachée ou bâillonnée de quelque manière que ce soit ?
- Les deux. Mains attachées dans le dos, chevilles ligotées, et une boule-bâillon dans la bouche. Le sang que vous voyez par terre provient d’une petite blessure au couteau sous les côtes.
Être attachée et bâillonnée expliquait au moins pourquoi Claire Locke avait été incapable d’émettre le moindre son pouvant alerter les gens qui transitaient dans le centre d’entreposage personnel. Mackenzie tenta d’imaginer une femme dans cet espace réduit et sans lumière, dépourvue de nourriture, ou d’eau. Ça la mit à cran.
Alors qu’elle faisait lentement le tour du box, elle atteint le seuil. La pluie tombait dru devant elle, s’écrasant sur le ciment, à l’extérieur. Mais à l’intérieur de la structure en métal, Mackenzie repéra quelque chose. Très bas, presque au niveau du sol, à la base du cadre qui permettait à la porte de monter et de descendre.
Elle s’agenouilla et s’approcha au maximum. Lorsqu’elle fut à quelques centimètres de distance seulement, elle distingua une éclaboussure de sang sur la rainure. Pas beaucoup… si peu, en réalité, qu’elle doutait qu’un policier l’ait repérée. Et puis, sur le sol juste sous la tache de sang, se trouvait quelque chose de fin et blanc.
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