Emily Brontë - Les Hauts De Hurle-Vent

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Les Hauts de Hurle-vent sont des terres situées au sommet d'une colline et balayées par les vents du nord. La famille Earnshaw y vivait, heureuse, jusqu'à ce qu'en 1771, M. Earnshaw adopte un jeune bohémien de 6 ans, Heathcliff. Ce dernier va attirer le malheur sur cette famille. Dès le début, Hindley, le fils de Earnshaw éprouve une profonde haine pour cet intrus. À la mort de son vieux bienfaiteur, Heathcliff doit subir la rancoeur de Hindley, devenu maître du domaine. Humilié par sa condition subalterne, Heathcliff, qui pourtant aime passionnément Catherine, la soeur de Hindley, jure de se venger. Sa fureur est décuplée lorsque Catherine, au tempérament aussi passionné que le sien, épouse le riche Edgar Linton…

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En passant dans le jardin pour gagner la route, à un endroit où un crochet d’attache est fixé dans le mur, je vis quelque chose de blanc qui s’agitait d’une façon irrégulière, évidemment sous une influence autre que celle du vent. Malgré ma hâte, je m’arrêtai pour examiner ce que c’était, afin de ne pas laisser par la suite se former dans mon imagination la conviction que j’avais passé à côté d’une créature de l’autre monde. Grandes furent ma surprise et ma perplexité en découvrant, au toucher plus qu’à la vue, la chienne épagneul de Miss Isabelle, Fanny, suspendue par un mouchoir et sur le point d’étouffer. Je rendis bien vite la liberté à la pauvre bête et la déposai dans le jardin. Je l’avais vue suivre en haut sa maîtresse quand celle-ci était allée se coucher; je me demandais comment elle pouvait être ressortie et se trouver là, et quelle était la personne mal intentionnée qui lui avait infligé ce traitement. Tandis que je défaisais le nœud qui entourait le crochet, il me sembla entendre à plusieurs reprises le bruit des sabots d’un cheval galopant à quelque distance. Mais j’avais tant de sujets de réflexions qu’à peine accordai-je une pensée à cet incident, encore qu’en cet endroit, à deux heures du matin, ce son fût étrange.

Mr Kenneth, par bonheur, sortait précisément de chez lui pour aller voir un malade dans le village quand j’arrivai dans la rue; le rapport que je lui fis de la maladie de Catherine le décida à revenir avec moi sur-le-champ. C’était un homme franc et rude. Il ne fit pas scrupule d’exprimer ses doutes de la voir survivre à cette seconde attaque, si elle ne se montrait pas plus docile à ses instructions qu’elle ne l’avait été jusqu’à présent.

– Nelly Dean, dit-il, je ne puis m’empêcher de penser qu’il y a là une cause qui m’échappe. Que s’est-il passé à la Grange? De singulières rumeurs ont couru par ici. Une fille forte et courageuse comme Catherine ne tombe pas malade à propos de rien; non, cela n’arrive pas à des personnes comme elle. Il faut quelque chose de sérieux pour déterminer, dans ces organisations-là, des fièvres ou d’autres manifestations semblables. Comment cela a-t-il commencé?

– Le maître vous mettra au courant. Mais vous connaissez le tempérament violent des Earnshaw, et Mrs Linton le possède au plus haut point. Ce que je puis dire, c’est que cela a débuté par une querelle. Elle a été frappée d’une sorte d’attaque au cours d’un accès de colère. C’est ce qu’elle raconte, du moins; car elle s’est enfuie au plus fort de cet accès et s’est enfermée. Ensuite, elle a refusé de manger et maintenant elle est alternativement dans le délire ou dans un demi-rêve. Elle reconnaît les gens qui l’entourent, mais elle a l’esprit plein d’idées étranges et d’illusions.

– Mr Linton va être bien affecté? observa Kenneth sur un ton interrogateur.

– Affecté? Son cœur se briserait s’il arrivait quelque chose! Ne l’alarmez pas plus qu’il n’est nécessaire.

– Bon, je lui avais dit de prendre garde. Il a négligé mes avertissements, il faut bien qu’il en subisse les conséquences. N’a-t-il pas été intime avec Mr Heathcliff depuis quelque temps?

– Heathcliff fait de fréquentes visites à la Grange, mais bien plutôt en s’autorisant de ce que la maîtresse l’a connu lorsqu’il était enfant qu’à cause du goût que pourrait avoir le maître pour sa société. À présent, il est dispensé de prendre la peine de venir, en raison de certaines aspirations présomptueuses qu’il a manifestées à l’égard de Miss Linton. Je ne crois guère qu’on le reçoive encore.

– Et Miss Linton lui a-t-elle tourné le dos? questionna encore le docteur.

– Je ne suis pas dans sa confidence, répliquai-je, peu désireuse de continuer sur ce terrain.

– Non, c’est une personne renfermée, remarqua-t-il en secouant la tête. Elle ne prend conseil que d’elle-même. Mais c’est une vraie petite écervelée. Je tiens de bonne source que la nuit dernière (et c’était une jolie nuit)! Heathcliff et elle se sont promenés dans la plantation derrière votre maison pendant plus de deux heures; il la pressait de ne pas rentrer, mais de monter sur son cheval et de s’enfuir avec lui. Mon informateur rapporte qu’elle n’a pu se débarrasser de lui qu’en s’engageant sur l’honneur à être prête lors de leur prochaine rencontre. Quand doit avoir lieu cette rencontre, c’est ce qu’on n’a pu entendre; mais engagez vivement Mr Linton à ouvrir l’œil.

Ces nouvelles me fournissaient un autre sujet d’alarmes. Je devançai Kenneth et courus pendant la plus grande partie de mon trajet de retour. La petite chienne aboyait toujours dans le jardin. Je perdis une minute pour lui ouvrir la barrière mais, au lieu de se diriger vers la porte de la maison, elle se mit à courir çà et là, reniflant l’herbe, et elle se serait échappée sur la route si je ne l’eusse saisie et emportée avec moi. Quand je fus montée dans la chambre d’Isabelle, mes soupçons se confirmèrent: elle était vide. Si j’étais venue quelques heures plus tôt, la nouvelle de la maladie de Mrs Linton aurait pu prévenir sa démarche inconsidérée. Mais que faire maintenant? Il n’y avait possibilité de les rattraper qu’en se mettant sur-le-champ à leur poursuite. Ce n’est pas moi, pourtant, qui pouvais courir après eux, et je n’osais pas réveiller et mettre en émoi toute la maison; bien moins encore révéler cette fuite à mon maître, absorbé qu’il était dans son présent malheur et sans courage de reste pour ce nouveau chagrin. Je ne vis rien d’autre à faire que de me taire et de laisser les choses suivre leur cours. Kenneth étant arrivé, j’allai l’annoncer avec une contenance mal assurée. Catherine dormait d’un sommeil troublé; son mari avait réussi à apaiser son accès de frénésie; il était penché sur l’oreiller, épiant toutes les nuances et tous les changements de la pénible expression de ses traits.

Le docteur, après avoir examiné le cas, lui exprima l’espoir d’une issue favorable, si nous pouvions maintenir autour d’elle un calme parfait et constant. À moi, il révéla que le danger qui menaçait n’était pas tant la mort que l’aliénation mentale permanente.

Je ne fermai pas l’œil cette nuit-là, non plus que Mr Linton; nous ne nous couchâmes même pas. Longtemps avant l’heure habituelle, les domestiques étaient tous levés, circulant dans la maison d’un pas furtif et échangeant leurs réflexions à voix basse quand ils se rencontraient l’un l’autre au cours de leurs travaux. Tout le monde était en mouvement, sauf Miss Isabelle. On remarqua bientôt qu’elle avait le sommeil bien profond. Son frère, également, demanda si elle était levée; il paraissait impatient de la voir apparaître, et blessé qu’elle se montrât si peu inquiète de sa belle-sœur. Je tremblais qu’il ne m’envoyât la chercher; mais j’échappai à la peine d’être la première à annoncer sa fuite. Une des servantes, fille étourdie, qui avait été faire une course matinale à Gimmerton, arriva en haut de l’escalier, hors d’haleine, bouche bée, et se précipita dans la chambre en s’écriant:

– Oh! mon Dieu! mon Dieu! Que va-t-il arriver encore? Maître, maître, notre jeune demoiselle…

– Pas tant de vacarme! criai-je vivement, furieuse de sa bruyante démonstration.

– Parlez plus bas, Marie… qu’y a-t-il? dit Mr Linton. Qu’est-il arrivé à votre jeune demoiselle?

– Elle est partie, elle est partie! Ce Heathcliff s’est enfui avec elle! dit la fille en haletant.

– Ce n’est pas vrai! s’écria Linton en se levant avec agitation. C’est impossible; comment cette idée vous est-elle entrée dans la tête? Hélène Dean, allez la chercher. C’est incroyable; c’est impossible.

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